Kamisama no Iutoori de Kaneshiro Muneyuki et Fujimura Akeji

Publié le 14 Septembre 2012

Kamisama no Iutoori de Kaneshiro Muneyuki et Fujimura Akeji

Nekketsu psychopathe

Titre: Kamisama no iutoori

Manga-ka: Fujimura Akeji (dessin) Kaneshiro Muneyuki (scénario)

Date de publication au Japon: 2011

Statut de la série: Terminée

Statut de ma lecture: Terminée

Nombre de tomes: 05

Editeur: Pika

(Critique écrite le 14/09/2012 à ce moment là je n'avais pas encore terminé le manga et il n'avait pas été publié)

[Une page assez représentative de l'ambiance parodique du manga...]

Shun Takahata vit une vie de lycéen ordinaire, dont il s'ennuie, jusqu'au jour où une figurine de daruma sortie de nulle part apparaît dans sa classe et engage une partie de de 1 2 3 soleil meurtrière, où les perdants voient leur tête exploser. En une seconde, le monde de Shun vient de basculer, l'entraînant dans une succession d'épreuves sadiques au but inconnu et déguisées en jeux pour enfants.

Super découverte faite sur internet mais que les boîtes d'édition françaises n'ont pas encore eu l'intelligence, le temps, les corones -?- de publier. Attention les enfants, chef d'oeuvre de sadisme.

Le Nekketsu c'est pour les faibles.

Connaissez vous le shônen Nekketsu ? Le principe est le suivant: Un héros jeune et généralement orphelin s'en va affronter le ou les méchants avec ses amis; en chemin il va devoir combattre (en tournois par exemple), il apprendra de ses épreuves et en sortira grandit, remportant souvent les combats de justesse grâce à la force et la volonté phénoménale qu'il possède tout au fond de son petit cœur (ou grâce à des pouvoirs magiques). Normalement ce schéma devrait vous rappeler beaucoup de choses: DBZ, Ao no exorcist, Naruto, Mär et même Bleach pour ne citer qu'eux. Je me permet d'ajouter à cette liste non exhaustive de clichés propre au genre: un humour très présent et assez simple ainsi que des ennemis aux pouvoirs et à l'apparence absurde. Genre le plus vendus et médiatisé à l'échelle mondiale, le nekketsu est en grande partie responsable de la mauvaise image du manga auprès des profanes. On le considère comme étant trop violents pour un jeune publique, pas extrêmement profond (ou faussement profond) et surtout hypercliché (dernier point auquel j'adhère parfaitement).

Bien.

Maintenant imaginez que l'on reprenne tous les codes du nekketsu... Et que l'on mette en valeurs les trucs les plus sordides, les plus glauques, les plus tristes, et les plus pervers que l'on y trouve.

Et bien vous obtenez Kamisama no iutoori.

Car si l'on réfléchit bien le schéma de base est à peu près le même: Gentil orphelin, amis, combats, méchants, humour à deux balles. Oui sauf que Fujimura Akeji et Kaneshiro Muneyuki ont décidé de bien maître en valeur le côté hyper malsain du principe de base des trois quarts des nekketsu. Pour mieux comprendre où je veux en venir je vais vous demander quelques secondes d'imaginer ce que ça donnerait si on transposait Naruto dans la réalité. Je veux dire vous trouvez ça tout à fait acceptable pour un adolescent de vouloir devenir un assassin à la solde du plus offrant ? Oui parce que je vous signal que c'est quand même ça un ninja à la base. Vous trouvez ça parfaitement raisonnable qu'un mineur passe son temps à se battre et manque régulièrement de se faire tuer ? Pareil pour Mär ou Bleach: Bonjour mon petit tu as 14 ans et toute la vie devant toi, mais parce que nous sommes des sous-doués intersidéraux alors que toi tu es élu des dieux, on va te demander de sauver notre monde quasiment tout seul au péril de ta vie. Mais c'est horrible !! C'est à peu près aussi glauque que pokémon transposé dans la vraie vie ! Je veux dire qu'est ce que ce serait sinon des combats de chiens ! Alors évidemment dans les vrais nekketsu on t'enrobe tout ça de pouvoirs magiques, d'un univers sympathique et de discours sur la force de l'amour et de l'amitié.

Pas dans ce manga. Ici le scénariste a décidé de ne pas nous mentir. Quand quelqu'un meurt c'est pas « on montre son corps à terre avec un petit peu de sang et on passe à autre chose », non, les morts dans Kamisama no iutoori sont hyper violentes, gores, et traumatisent à peu près autant le lecteur que les autres personnages. D'autant plus que face aux situations dans lesquels ils se trouvent les protagonistes ont un sentiment total d'impuissance, ils ne peuvent que se plier aux règles qu'ils ne connaissent pas tout de suite ou mourir, et même quand ils jouent le jeu rien ne garantit leur survie. D'ailleurs puisqu'il s'agit de la représentation de la mort: souvent dans les shônen nekketsu on a toujours un espèce de doute, particulièrement dans Bleach, doute parfois justifié puisqu'un personnage mort en apparence peu s'avérer n'être qu'évanouis. Dans Kamisama no iutoori, rassurez vous, vous n'aurez jamais ce genre de doutes puisque l'on a rarement vu des gens se remettre des blessures que l'auteur inflige à ses personnages.

Idem pour ce qui est de la façon dont les protagonistes appréhendent les épreuves auxquels ils sont confrontés. Souvent dans les nekketsu, le rapport des personnages au combat est assez ambigus: Les trois quarts du temps le fait de se battre est vu comme un jeu par le héros et/ou par ses amis. D'ailleurs l'environnement dans lequel ils se trouvent ou l'absurdité des personnages qu'ils affrontent (je vous renvoie à Charlotte Chulhourne de Bleach) fait tout pour nous conforter dans cette idée. Ainsi ce que traverse les héros nous apparaît réellement comme du simple divertissement. Kamisama no iutoori en revanche n'est pas là pour vous divertir, mais pour vous faire vous accrocher à votre siège. Car ici l'univers rigolo et enfantin des différentes épreuves n'est là que pour mettre en valeur l'horreur de toute la situation, quant aux personnages ils sont clairement montrés comme des victime et non comme des acteurs plus ou moins consentants... Enfin presque. Je ne vous en dit pas plus, mais sachez seulement une chose: Vous trouvez qu'il y a quelque chose qui cloche avec les héros... L'intuition est bonne, mais vous n'avez même pas idée de jusqu'où le scénariste pousse la réflexion à ce sujet.

Enfin parlons du sexe dans ce manga et le nekketsu en général. Sans doute avez vous remarqué que c'est un sujet récurrent dans mes critiques, mais il faut admettre que c'est un sujet récurrent dans les mangas et toujours intéressant à aborder quelque soit le type d'oeuvre d'art. Et bien dans les nekketsu vu que c'est destiné à un jeune publique, si l'on omet une fille court vêtu de ci de là ou quelques bisous, on en parle pas. Quant à l'amour il est au choix: un ressort scénaristique lourd et mal traité; secondaire et ridicule pour qu'on puisse en rire; ou pas du tout montré. Dans Kamisama no iutoori l'auteur va jusqu'au bout de son idée avec une certaine subtilité qu'il s'agisse d'amour ou de sexe ce qui est appréciable, le tout en continuant à faire des clins d'oeil à au genre qu'il a détourné. On sait donc que l'on a en main une œuvre à plusieurs niveaux de lecture, les profanes s'étonnant de la violence et de l'humour noir de la série, les initiés jubilant face à la vaste parodie qu'on leur offre.

Non mais t'étais où ces vingt dernières années ?

Bon alors certes après tout ce que je viens de dire, les connaisseurs vont répliquer: « Je te signal que HunterxHunter a déjà apporté les changements que tu évoques dans le shônen nekketsu il y a presque 20 ans ! »

(Tandis que les autres diront « Lol Naruto c tro bien tu konai rien wesh t tro kone » mais ceux là sont priés de s'abstenir).

Et effectivement vous avez raison, Hunter X Hunter a apporté énormément de maturité au style nekketsu. Les personnages possèdent de multiples facettes et ne sont pas de simples gentils ou de simples méchants, le sexe voire la perversion sexuelle y est évoquée de façon assez crue notamment par le biais du personnage d'Hisoka (souvenez vous, ce bisexuel, sado-masochiste, voyeur pédophile qui respire la classe par tous les pores de sa peau), et la violence n'y est pas camouflée. Néanmoins, il existe une grosse différence entre Hunter x Hunter et Kamisama no iutoori, c'est que l'un réécrit un genre tandis que l'autre le parodie. En effet dans son manga Yoshihiro Togashi cherche en quelque sorte à placer l'intrigue d'un nekketsu dans un monde d'adultes mettant ainsi naturellement en valeur ce qui paraît bancal dans un nekketsu classique. La jeunesse de ses héros, Gon et son meilleurs ami Kirua, est considérée comme choquante par les autres personnages qui sont tous adultes, alors que dans n'importe quel autre nekketsu ça semblerait presque normal. De plus l'univers dans lequel Gon et Kirua évoluent est loin d'être rose, c'est un monde de violence, de grand banditisme, et l'auteur lui même pointe du doigt le fait que la justice y est souvent inefficace et que ce n'est pas plus acceptable que des enfants qui livrent des combats à mort ! Yoshihiro Togashi fait en sorte que l'on ait conscience du problème, mais crée une intrigue qui explique la présence de ces enfants dans un monde dont il ne font pas partie. D'ailleurs lorsque l'univers ne leur correspond vraiment pas il n'hésite pas à les en exclure purement et simplement en centrant l'intrigue sur d'autres personnages. Seulement à aucun moment l'artiste ne se moque du genre ni ne le tourne en ridicule, il dit d'ailleurs s'être beaucoup inspiré de Dragon Ball pour créer son univers. Le design de certains de ses personnages est volontairement amusant, le héros est un héros typique de nekketsu, bref, on peut vraiment dire que le manga-ka a du respect pour le genre.

Alors que Fujimura Akeji et Kaneshiro Muneyuki s'amusent férocement des clichés du genre: Ses personnages sont tous des adolescents (ou presque), les situations n'ont pas d'explications plausibles: on ne sait pas avant très longtemps le pourquoi du comment de tous ces combats, et l'univers comme je l'ai déjà dit est une caricature d'univers de nekketsu. Kamisama no iutoori se veut intelligent mais certainement pas sérieux. Je n'ai d'ailleurs pas trouvé d'interview des artistes mais je pense que leur avis sur le nekketsu ne doit pas être aussi positif que celui de Yoshihiro Togashi ou alors il s'agit d'une appréciation très critique.

Ne vous attachez à PERSONNE.

Voilà mon seul conseil de lecture pour ce manga. Et quand je dis personne comprenez bien ABSOLUMENT PERSONNE. Théoriquement dans un manga, parce que le manga-ka apprécie ses personnages (ou parce que sa boîte d'édition voit d'un mauvais œil la disparition des personnages populaires auprès des fans): Il est assez simple de définir qui va mourir et qui ne va pas mourir. Moins le personnage a un background important, de charisme, ou un rôle clef dans le manga: Plus il a de chance de mourir. Pour peu en plus que ce soit un méchant son espérance de vie est encore moins élevée. Mais Kaneshiro Muneyuki ne fait pas partie de ces scénaristes qui aiment leurs fans ou leurs personnages NON, monsieur Kaneshiro Muneyuki est capable de vous faire tout le background d'un personnage avant de le tuer la page d'après ! Monsieur Kaneshiro Muneyuki peut décider selon ses caprices de tuer un protagoniste hyper classe et de laisser vivre un idiot ou un salopard complet tellement peu intéressant qu'on ne peut même pas le considérer comme un personnage secondaire !! Monsieur Kaneshiro Muneyuki fait partie de ce groupe de manga-ka sadiques dans lequel on peut compter les Clamps et Jun Mochizuki. Des manga-ka tellement diabolique que je suis certaine qu'ils se réveillent tous les matins en se disant « tient, que pourrais-je faire pour briser le cœur de mes fans aujourd'hui ? » et que tous les soirs avant d'aller se coucher ils lisent avec délectation les lettres d'insultes et les menaces de suicides qu'ils reçoivent de leurs fans, le tout les pied douillettement posés sur leurs tapis en peau de bébé phoques !! Oui ils sont A CE POINT diaboliques.

Pourtant loin de rebuter, cela donne encore plus d'intérêt à l'intrigue et accentue le suspens puisque POUR UNE FOIS on est pas du tout certains que les personnages que l'on aime s'en sortent, même s'il s'agit des personnages principaux. Alors que bon, Naruto vu que le nom du manga on se doute quand même un peu qu'il ne va pas mourir deux chapitres plus tard, enfin ça, c'est parce que Kaneshiro Muneyuki n'a pas scénarisé le manga, sinon je vous parie ce que vous voulez que le personnage principal serait mort avant la fin de la dixième page.

Des personnages... Dont je ne peux pas dire grand chose.

Pour la raison que j'ai expliqué dans le paragraphe précédent, je ne peux pas dire grand chose des personnages, ce serait vous spoiler sur les survivants. Permettez moi cependant de m'exprimer sur deux d'entre eux: Shun et Amaya. Qui est Amaya me direz vous ? Et bien si ce manga en général ne vous inspire pas, lisez le pour Amaya: Car ce personnage est à Kamisama no iutoori ce qu'Hisoka est à Hunter x Hunter... THE DEVIL HIMSELF. Le personnage qui extériorise les pulsions les plus noires de l'auteur, du lecteur et qui semble servir de catalyseur à tout ce qu'il y a de mauvais chez les autres personnage. Le tout en étant intelligent, bien élevé, avenant et terriblement sexy. Pire encore, là où Hisoka faisait trembler de terreur lorsqu'il apparaissait et ne dégageait pas la moindre honnêteté, Amaya possède même un côté sympathique ! Le genre qui qui peut aussi bien vous ouvrir la gorge et vous regarder vous vider de votre sang en dansant sur votre cadavre, que vous sauver la vie, vous offrir des fleurs et vous donner des conseils de relooking. Bref la définition du malade et EN PLUS surpuissant.

Shun aussi est un personnage particulièrement intéressant, ce qui est assez rare dans les nekketsu où le héros a généralement aussi peu de relief qu'une feuille de papier passée sous un rouleau compresseur. Or comment le manga-ka parvient-il à donner du relief à son personnage ? En faisant l'exact inverse de ce que tous les manga-ka font: En nous empêchant d'accéder à ses pensées les plus profondes. En effet au lieu de nous déballer la philosophie de ses personnages à la première occasion comme se plaisent à le faire beaucoup de manga-ka et de scénaristes, Kaneshiro Muneyuki lui, la distille voire nous la rend complètement inaccessible (bien heureux qui a compris ce qui se passe exactement dans la tête d'Amaya), n'hésitant pas à appliquer ce procédé à son héros. Sans parler de la différence parfois énorme entre ce que les personnages disent, ce qu'ils font, et ce qu'il pensent vraiment (Shun étant un formidable exemple de cette contradiction vivante). La relation entre Shun est Amaya est d'ailleurs plutôt bien traitée puisque l'on sort de la dualité vaguement érotisé à laquelle on pourrait s'attendre étant donné les tempéraments des deux personnages. Au contraire étant donné qu'Amaya apprécie Shun, non pas dans la prédation comme Hisoka peut apprécier Gon, les deux personnages servent plutôt de révélateurs mutuels.

Autre point positif concernant les personnages, ce sont, pour une fois, les filles. Les même qui d'habitude sont plates, stupides, et sans intérêt sont là plutôt complexes, étonnamment courageuses, et intelligente. Elles ne sont malheureusement pas très nombreuses, mais occupent des rôles clefs... Enfin, comme on peut occuper un rôle clef dans Kamisama no iutoori...

Que dire du dessin...

Comme je vous l'ait déjà expliqué beaucoup des éléments graphiques relèvent de la parodie irrévérencieuses, d'où un fan service relativement présent et un design surprenant pour les univers rattachés aux différentes épreuves. Le trait est vif, nerveux, efficace, les trames utilisé avec parcimonie. Le design des personnage est à mis chemin entre la demesure du Nekketsu (ET ALORS LA MON HEROS IL AURA LES CHEVEUX NOIRS AVEC DES MECHES VERTES ET ROUGES DES PICS PARTOUT ET IL SERA VERON AVEC UN PERCING ET ET...) et le manque de bonne volonté des seinen (ouais bah c'est une fille alors on va lui faire de longs cheveux noirs... Déjà pris ? Bah on va dire qu'elle a une couleur). Ainsi l'on a quand même une véritable diversité au niveau des personnages tout en restant relativement cohérent (même si l'incohérence graphique d'un personnage à l'autre est à mon sens un des gros points forts de Hunter X Hunter). La mise en page est bien efficace elle aussi. Résultat: Un dessin qui colle parfaitement au scénario, rien de plus, rien de moins.

Conclusion:

Qu'on l'apprécie en tant que bijoux d'humour noir, injection d'adrénaline, ou parodie de Nekketsu, Kamisama no iutoori est un excellent manga qui jusque là ne m'a pas déçu, néanmoins, vu que la série est encore en cours, et qu'on ne sait pas pour combien de tomes, nous avons encore tout le temps de l'être. En attendant profitons. U_U

Edit du 8 août 2014:

Ce manga est un chef d'oeuvre en 5 tomes qui a connu une fin brutale et tragique dont je parle plus longuement dans ma critique de Kamisama no iutoori 2. Il a également été publié en France, comme quoi…

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas gores

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