XXX Holic de Clamp

Publié le 27 Septembre 2012

XXX Holic de Clamp

Parce qu'un peu de légèreté c'est bien aussi... Oh wait !

Titre: XXX Holic

Manga-ka: Le studio Clamp, soit Mokona, Tsubaki Nekoi, Satsuki Igarashi, Nanase Ôkawa.

Date de publication au japon: 2003

Statut de la série: En cours

Statut de ma lecture: En cours

Nombre de tomes: 19 pour le moment

Editeur en France: Pika

[Une page pour vous convaincre]

Watanuki est un adolescent qui possède la capacité, ou plutôt devrais-je dire la malédiction, de pouvoir voir les esprits. Malédiction car de fait, ces derniers ne cessent de le harceler. Or voilà qu'un jour il met, contre son gré, les pieds dans une étrange boutique dont la propriétaire (une femme dénommée Yûko) lui propose le débarrasser de son don gênant... A condition que Watanuki devienne son homme à tout faire.

On m'a récemment fait remarquer que ce blog présentait un certain déséquilibre dans le genre des mangas critiqués: comportant beaucoup de mangas gores et assez peu d'autres. Comme dirait quelqu'un que je connais, c'est pas vraux. De fait j'ai décidé de vous faire une critique d'un manga que l'on peut considérer comme tous publiques... Bon après, n'oubliez pas que j'ai classé les Clamps comme faisant parties des manga-ka les plus sadiques de la planète il y a un article de cela, ne vous attendez donc pas à une lecture reposante...

Parlons bien, parlons des Clamp.

Puisque s'attaquer aux Clamp revient tout de même à s'attaquer à un des monuments incontournables de l'histoire du manga moderne, il me semble nécessaire de vous expliquer quelles forces occultes sont regroupées derrière ce nom. Au commencement, il y a maintenant 30 ans, les Clamp étaient 11 fières dessinatrices réunies par la passion du doujinshi et leur cours de dessin. Aussi commencèrent-elle l'aventure toutes ensembles. Petit à petit les effectifs se réduisirent, chacune prenant son indépendance ou quittant le monde du manga, jusqu'à ce qu'en 1990, les Clamp ne soient plus que 4: Mokona, Tsubaki Nekoi, Satsuki Igarashi et Nanase Ôkawa. Dés lors elles travaillèrent d'arrache pied jusqu'à se hisser rapidement au sommet. En effet, aujourd'hui surnommées l'industrie Clamp, les quatre artistes ont à leur actif pas moins d'une vingtaine de séries, certaines en quelques volumes, la plus longues en 28 tomes. Allant du shôjo pour petites filles au seinen horrifiant, du dessin d'inspiration muchesque de RG Veda au style hyper épuré de Tsubasa, les Clamp sont LES manga-ka des années 90, 2000. Leur réussite à l'internationale est telle que nous avons toutes et tous été biberonnés avec leurs mangas. Vous ne me croyez pas ? Sakura card captor, ça vous rappelle quelque chose ? Bah c'étaient elles. Et ne niez pas, à moins de ne pas avoir eu de télévision, si vous êtes nés dans les années 90 vous n'y avez pas échappé. Pourtant, c'est difficile à croire lorsque l'on se penche un peu sur les scénarios des mangas de Clamp qui sont tous plus tordus, glauques, tristes et pessimistes les un que les autres (quoi qu'elles en disent...). On le sent particulièrement dans leurs premières productions Tokyo Babylon, X ou RG Veda qui traduisent une certaine haine et un certain pessimisme face à l'humanité (et même face à la société niponne fait assez rare dans les mangas en général). S'en est suivie une longue ascension vers l'optimisme, la joie de vivre et le manga tous publiques (ponctuée de quelques assassinats sauvages de personnages charismatiques)... Jusqu'à XXX Holic qui renoue définitivement avec l'aspect tragiques des mangas des années 90. « Le hasard n'existe pas, tout n'est que fatalité. »

Dés le départ le ton est donné.

Si comme moi vous avez commencé la lecture de XXX Holic au collège, pauvres fous ignorants que nous étions, sans doute le tome un vous a-t-il laissé un arrière goût amère et traumatisant. En effet, passé le premier chapitre décrivant la rencontre entre Yûko et Watanuki, on entre immédiatement dans une série d'histoires courtes qui constituera l'essentiel du manga, toutes tournant autour des différents clients qui fréquente la boutique « très particulière » de Yûko. Je ne vous en dit pas plus, mais croyez moi sur parole: Ca n'est vraiment pas joyeux. En effet le principe est le suivant, pour chaque objet ou service rendu par Yûko il y a un prix à payer équivalent. Problème l'efficacité de l'objet ou du sort dépend totalement du client. Clients qui bien souvent sont victimes de leurs propres défauts, finissant par causer leur perte par le biais de ce qui était censé les sauver. Le manga est d'autant plus perturbant que généralement dans ce genre d'histoires (genre dans lequel on peut mettre Gremlins et Petshop of horror ) la responsabilité de ce qui se produit ne repose pas totalement sur le client. Vous reconnaitrez, si vous avez lu Petshop of horror de Maturi Akino, que le conte D est quand même un sacré salopard manipulateur qui sert avant tout ses propres intérêts, de même que Billy dans les Gremlins a vraiment joué de malchance. Dans XXX Holic rien de tout ça, on se rend compte au fil des pages que Yûko est un personnage tout à fait honnête (bien qu'excentrique) et que tout ce qui se produit de négatif est du ou aux clients eux-même ou à Watanuki. Le système d'histoires courtes ne monopolise cependant pas le manga laissant le temps aux personnages principaux de se développer et permettant au lecteur de connaître leur histoire qui n'est pas vraiment plus heureuse que celle des clients qu'ils rencontrent.

Pour ne rien arranger, le côté hyper glauque du scénario va crescendo tout au long du manga. Pour vous donner un ordre d'idée, depuis la sortie du tome 11, j'ai pleuré systématiquement à chaque tome.

Une mise en scène terrifiante:

Comme vous vous en seriez douté XXX Holic appartient au registre du fantastique rendant un très bel hommage aux folklore nippon notamment à travers une narration et une mise en page d'une qualité exceptionnelle. Pourquoi ? Car tout en gardant un style graphique et une mise en scène très « calme »; personnages longilignes et courbes, cheveux et volutes de fumées envahissant les pages, découpage très propre et posé: les Clamp parviennent grâce à quelques éléments à créer un sentiment d'angoisse durable chez le lecteur. Contribuent à cela une utilisation très fréquentes d'aplats de noirs et de blancs (pas de trames donc), et la capacité à créer des images qui parlent directement à nos phobies: Bras sorti de nulle part au milieu d'un chemin, miroir qui ne reflète pas la bonne image, ombre suspecte, le tout sans jamais pour autant sombrer dans la violence facile. Exactement comme dans une histoire d'horreur la mort n'est finalement jamais montrée crument lorsqu'elle a lieu, et à vrai dire c'est le cadet de nos soucis en tant qu'auditeur: C'est tout le reste qui est glaçant. En cela, XXX Holic m'a sans doute plus perturbé en empêché de dormir que beaucoup de kowai manga que j'ai pu lire jusqu'à maintenant. Et c'est censé être un seinen...

Du manga japonico-japonais.

Sans prendre en compte les classifications habituelles, je dirais qu'il y a deux types de mangas: le manga « international » et le manga « japonico-japonais ». Dans le premier cas il s'agit de mangas qui parlent de thèmes internationaux, qui ont lieu dans un autre pays que le Japon, ou tout simplement qui sont accessibles pour une personne qui ne connaitrait absolument RIEN à la culture nippone. Dans le second, il s'agirait plutôt de mangas BOURRÉS de références shintoïstes, bouddhiques, historiques, linguistiques, ou populaires typiquement nippones. Les deux types ont chacun leurs avantages et inconvénients. Le manga international est accessible au plus grand nombre et distrayant, mais pas du tout informatif sur la culture du Japon et a tendance à devenir un gigantesques fourre-tout de références occidentales mal utilisées. Le manga Japonico-japonais est lui certes un peu plus impressionnant pour les novices: lexique hyper long en fin de tomes ou minuscules textes pour expliquer des notions parfois très complexes, mais est en revanche très instructif.

Pourquoi cette digression ?

Et bien parce que XXX Holic comme beaucoup des mangas de Clamp fait plutôt partie de la seconde catégorie, se penchant particulièrement sur le folklore japonais (yokaï, fantômes et divinités de toutes sortes) en cela c'est un manga très intéressant et instructif à condition de compléter ce qui y est dit par quelques recherches. On y retrouve aussi des éléments graphique très proche de l'estampe japonaise ce qui accentue encore la référence à l'ukio-e qui fut le principal vecteur de l'imagerie des yokaï et fantômes nippons telle que nous la connaissons aujourd'hui.

Faut-il lire XXX Holic et Tsubasa en même temps ?

Si vous vous intéressez un petit peu aux Clamp, sans doute avez vous remarquez que les histoires de Tsubasa reservoir chronicles et XXX Holic se croisent. Or 19 tomes sachant que le manga n'est pas encore terminé, plus les 28 p*tains de tomes de Tsubasa ça commence à faire un sacré trou dans le porte monnaie. Mais plutôt que de nous attarder sur des considérations bassement matérielles basons plutôt notre choix sur l'importance du lien entre les deux histoires.

Déjà il faut savoir que Tsubasa et XXX Holic n'appartiennent pas du tout au même registre, le premier étant un shônen d'aventure et d'action merveilleux (au sens littéraire du terme), le second étant un seinen fantastique. Il ne faut donc pas s'attendre à retrouver l'ambiance sombre de XXX Holic dans Tsubasa (même si Tsubasa n'est pas très joyeux non plus, on parle quand même d'un manga de Clamp, hein.). Ensuite si les deux histoires sont en intimement liées, l'importance de ce lien ne nous apparaît que très tardivement dans la série et n'est pas non plus un élément essentiel de l'intrigue d'XXX Holic. Enfin en théorie si, mais je veux dire par là qu'on peut en profiter et le comprendre à peu près sans avoir lu Tsubasa... Enfin si on le comprend, parce que le pont entre les deux histoires a en réalité un rapport avec le dénouement du manga Tsubasa dont je vous avait déjà dit qu'il était complètement capillotracté, voire à la limite de l'incompréhensible. Vous avez déjà vu Lain ? Vous vous souvenez du sentiment d'incompréhension totale que vous avez ressentit à la fin de l'avant-dernier épisode ? Bah Tsubasa c'est pareil sauf qu'en plus il n'y a même pas le dernier épisode pour apporter un semblant d'explication...

Du reste Tsubasa est un manga qu'il est difficile d'apprécier pleinement lorsque l'on a pas lu la totalité des mangas de Clamp. La loi des mangas à rallonge s'appliquant, l'histoire de départ se transforme assez vite en une intrigue d'une absurde complexité aux personnages pas hyper passionnants (exception faite de Kurogane... Parce que c'est mon chouchou et que je vous interdit d'en dire du mal ! B8<). Le seul intérêt de Tsubasa est finalement le fait que les auteurs aient réintroduit quasiment tous les personnages qu'elles ont créé depuis leurs débuts faisant référence à tous leurs autres manga d'une manière plus ou moins subtile mais toujours distrayante et bien trouvée. Seulement cet aspect nous passe complètement à côté lorsque l'on a pas lu les autres mangas de Clamp... D'ailleurs, en tant que lectrice assidue ce rassemblement est même assez douloureux émotionnellement vu que les Clamp ADOOOOORE ressusciter des personnages d'autres séries et nous rappeler leur destin tragique...

Dans l'ensemble donc, à moins d'être un ou une fan de la première heure, ou bien d'être perfectionniste, il n'est pas nécessaire de lire Tsubasa et XXX Holic en même temps car bien que cela apporte un peu de profondeur aux deux mangas, la pleine compréhension de ceux-ci ne nécessite pas la lecture simultanée des deux.

Bizarre vous avez dit bizarre ?

Un petit détail qui m'a fait tiquer assez vite lors de ma lecture du manga: Les personnages d'XXX Holic sont à 95% des femmes, chiffre qui va jusqu'à 99% lorsqu'il s'agit des clients de la boutique. Sachant qu'il s'agit d'un seinen qui n'est érotique ni de près, ni de loin, ni de dos, ni dans le brouillard, ça m'a beaucoup perturbé, aussi vous fais-je part de ma théorie à ce sujet. S'agissant d'une œuvre peut-être plus personnelle et moins grand publique, les Clamp parlent de ce qu'elles connaissent le mieux, c'est à dire la psychologie féminine. Du moins j'espère parce que sinon on frôle la misogynie... U_U "

Conclusion:

Vous voyez quelque chose de négatif dans cette critique ? Non ? Et bien moi je n'ai rien vu de négatif dans ce manga, les histoires et l'histoire qui enveloppe le tout est maîtrisée, invraisemblablement glauque et superbement mise en scène ce qui la rend réellement prenante. Le graphisme est magnifique, le tout tranche agréablement avec ce que les Clamps nous avaient montrés et ces dernières années et nous ont montrées par la suite. Splendide.

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas tous publiques, #mangas psychologiques

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