Udon no onna

Publié le 11 Juillet 2013

Udon no onna

Josei de bon goût.

Titre: Udon no onna

Manga-ka: Est Em

Date de publication au Japon: 2011

Statut de la série: Terminée

Statut de ma lecture: Terminée

Nombre de tomes parus au Japon: 1

Les udon sont des pâtes à base de farine de riz que l'on mange généralement en soupe accompagnées de différents ingrédients. A 35 ans, notre héroïne, serveuse dans un restaurant universitaire, en sert de toutes sortes, quotidiennement. Jusqu'au jour où elle reçoit, venant d'un étudiant, la commande plutôt inhabituelle d'un plat de udon sans accompagnements. Demande qui va se renouveler jour après jour, semant le doute dans l'esprit de la serveuse. Et si cet inconnu ne venait pas manger des udon par goût... Mais pour la voir, elle ?

De même que j'ai la plus grande partie des shôjo en horreur, je ne suis vraiment pas une fan de josei en général, et les slice of life sans éléments fantastiques m'agacent la plupart du temps... Et pourtant, je m'apprête à vous parler avec un regard énamouré d'un josei slice of life sans élément fantastique. Et non, mon doppelgänger ne m'a pas égorgé dans mon sommeil pour prendre ma place, seulement il s'agit ici du travail d'une manga-ka que j'aime beaucoup, et j'espère réussir à vous faire comprendre pourquoi.

Je préviens ceci dit: Je ne suis pas une grosse lectrice de josei, aussi est-il probable que je fasse des généralités un peu rapides, ou des analogies avec d'autres types de manga. N'hésitez donc pas à me conseiller ce que vous considérez comme de bons josei que je puisse étoffer mes connaissances sur le sujet.

Simple, réaliste, et drôle.

C'est simultanément ce que je préfère et peut se révéler le plus agaçant dans les mangas destinés au publique féminin: L'emphase sur les sentiments. Evidemment c'est quasiment une nécessité lorsqu'il s'agit d'un manga centré sur une romance, ou des liens entre différents personnage, sans quoi l'on a vite à faire au manga le plus ennuyeux du monde. Seulement dans ceux que j'ai pu lire jusqu'à maintenant, cette règle est appliquée avec un zèle presque désagréable. Sous prétexte de nous montrer de la fraîcheur, de l'originalité, ou d'être drôle, beaucoup de manga-ka ont tendance à écrire des personnages vraiment too much qui déversent des fontaine de larme au moindre événement troublant, hurlent à la moindre douleur, et sautent dans tous les sens. Ou alors l'exact inverse, encore une fois avec une emphase désagréable. Idem lorsqu'il s'agit d'évènement censés être drôles. J'adore les chibis, les décors improbables, les mises en scènes qui te font t'exclamer: « WTFF ? » Mais il faut reconnaître que c'est un peu devenu une norme. C'est limite si on ne cherche pas à entretenir les extrême à tous prix entre l'héroïne hyperactive pétillante, toujours fraiche, et la statue de marbre animée. Finalement l'humour de la plupart des mangas ne vient pas tellement des situations en elles-même, qui sont en plus généralement très codifiées, mais de leur traitement. Du cataclysme visuel et émotionnel que d'éclanche un événement moindre (ou de l'absence d'émotions déclenchée par un événement pourtant cataclysmique.)

N'abordant pas de thème spécialement graves ni sérieux, et tournant autour d'une romance, Udon no onna aurait très bien plus basculer vers ce genre de clichés: c'est tout l'inverse. Le traitement des émotions des personnages est très réaliste, très rarement dans les extrêmes, toujours en demi teinte. Pas de monologues intérieurs, ou de mise en scène ULTRA EMPHATIQUE de gros plan sur les yeux brillants de l'héroïne qui se reflètent dans le regard de braise du héros. Ici l'emphase se fait ailleurs, de façon plus subtile.

L'héroïne dépeinte est également une vraie femme de 35 ans. Pas une femme de 35 qui en fait 20, pas une femme de 35, mais qui agit de façon totalement immature, et toutes les autres excuses que le josei à pu trouver pour nous mettre des adolescentes en lieu et place de femmes mûres. L'évolution de l'histoire des deux personnages principaux ne suit également pas selon des poncifs utilisés mille fois, à l'exception d'un, et la manga-ka se moque d'ailleurs allègrement de ces clichés. De part le réalisme de leur traitement, les décisions des personnages paraissent totalement logiques et l'on éprouve une empathie sincère pour eux. D'une manière générale, l'histoire sonne juste. Pour autant le ton reste léger, on n'est pas dans une veine mélancolique et/ou nostalgique, bien que le manga ne soit pas exempt de poésie. Tout comme l'humour, c'est une poésie discrète, sans emphase. Et pour ce qui est de l'humour, ce sont les situations qui sont drôle en soit, inutile pour la manga-ka de rajouter des effets. J'a bien ri devant Udon no onna, et pourtant, à première vu il n'y a aucun code qui signale qu'il s'agit d'un manga humoristique.

Un dessin simple et clair.

L'emphase des émotions ne passant ni par des codes, ni par une mise en scène clichée, ni par un déluge de texte inutile, comment se fait-elle ? Comment la manga-ka parvient-elle à nous accrocher à ses personnages, à nous les rendre attachants ?

En se focalisant sur eux.

Comme la plupart des manga-ka de shôjo/josei versant dans la romance, Est Em fait également, parfois totalement, disparaître ses décors pour ne laisser que les seuls personnages. Seulement plutôt que de nous perdre en effets de trames, fleurs, lumières et codes divers, pour exprimer les émotions, la manga-ka préfère jouer la carte du dénuement. Ses décors sont totalement vides, blancs, l'usage des trames est réduit au stricte nécessaire pour que le moindre froncement de sourcil, le moindre sourire, le moindre geste, nous saute au yeux. Le design des personnages, enfin, très synthétique, mais néanmoins réaliste, soutenu par un trait souple et très légèrement tremblant confère toute leur fragilité, et leur humanité aux protagonistes.

Conclusion:

Un vraiment bon josei, beau, épuré, pas stupide, et drôle. Une petite histoire vraiment agréable à lire. Et si vous aimez le style narratif et graphique d'Est Em ainsi que le yaoi je vous recommande une autre de ses œuvres: Equus. Qui n'est certes pas aussi réaliste mais qui est absolument splendide et d'une rare poésie.

Quand je vous parlais de poésie.

Quand je vous parlais de poésie.

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas tous publiques, #manga humoristiques

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