Tomie de Junji Ito

Publié le 24 Août 2012

Tomie de Junji Ito

La "femme" fatale.

Titre: Tomie

Manga-ka: Junji Ito

Date de publication au Japon: 1987

Statue de la série: Terminée

Statue de ma lecture: Terminée

Editeur en France: Tonkam

Nombre de tomes: 3

[Une page pour que vous ayez une idée d'à quoi ça ressemble]

Faites la connaissance de Tomie, charmante créature aux longs cheveux noirs et aux grands yeux clairs qui ne manquera pas de vous séduire... Pour votre plus grand malheur.

Tomie est un recueil d'histoires courtes tournant toutes autour de l'énigmatique et diabolique héroïne. Pour ceux qui connaissent Junji Ito, manga-ka prolixe et ancien dentiste, à qui l'on doit notamment Le journal de Soïchi, Spirale, et Rémina, il s'agit sans aucun doute d'un de ses meilleurs travaux. Pour sa bibliographie complète, c'est par ici mais méfiez vous, à la manière de son personnage Junji Ito est un artiste addictif.

Vous reprendrez bien un peu d'horreur ?

Tomie est belle, belle à en rendre les hommes fous... Littéralement. Qu'elle les conduise à la mort, ou au meurtre, elle laisse une trace indélébile chez ceux qui la rencontrent, et si elle semble disparaître ce n'est que pour réapparaître plus belle et dangereuse encore.

Il serait dommage de vous détailler par le menu les diverses façon dont la magnifique Tomie ruine la vie de ceux et celles qui ont le malheur de la croiser, mieux vaut que vous le découvriez par vous même. Mais si vous ne connaissez pas Junji Ito préparez vous à de sacrées surprises car ce brave homme ne connais pas le sens du mot limites aussi bien dans l'horreur que dans le bizarre, le chapitre sur le saké, pour ceux qui l'ont déjà lu, en est d'ailleurs la preuve. Parfois à la limite du grotesque, ses mangas fonctionnent le plus souvent en accentuant l'aspect gore, aberrant et sans espoir des situations qu'il propose plus que sur une volonté de créer une angoisse durable chez le lecteur. Pour faire court donc, à moins d'être fort jeune, Tomie ne devrait pas vous empêcher de dormir la nuit. Néanmoins si vous êtes déjà des initiés ne vous attendez pas non plus à la surenchère de Spirale ou Rémina, Tomie reste tout de même très ancré dans le réel, ce qui fait d'ailleurs une grande partie de sa qualité. La grande force de Junji Ito dans ce manga est de réussir à aller toujours plus loin dans l'absurdité, l'étrange, et l'horreur, tout en reprenant un même système de base, le tout sans jamais nous lasser. L'auteur nous tient en effet toujours en haleine grâce à quelques questions: Les personnages secondaires parviendront-ils à s'en sortir ? Tomie sera-t-elle vaincue ?... Peut-on seulement vaincre Tomie ?

Réécriture du mythe du succube ?

Pourtant bien qu'il s'agisse d'un manga d'horreur, qui n'a pour autre but que de divertir le lecteur, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur le personnage principal, voire même sur le concept de base de l'oeuvre qui semble tout de même un peu misogyne. La femme fatale dans tous les sens du terme, ça remonte à Salomée et le thème a été largement décliné depuis. Il serait cependant dommage que cette idée reçue vous détourne de cet excellent manga, alors laissez moi vous convaincre que, non, Tomie n'est pas une nouvelle manifestation du machisme ambiant dans la société nipponne (entre autres).

La première raison est simplement que Tomie n'est PAS une femme. A la manière des Sylvidres dans Albator, c'est une caricature de femme, et en dehors de son apparence, elle a tout du monstre. Il est impossible pour un artiste de la représenter sans révéler sa nature première, à la moindre blessure elle mute horriblement, énervez là et sa belle apparence de nymphe craque comme du vernis. Finalement, ce qui nous apparaît comme un être humain dans les premiers tomes, se transforme au fur et à mesure que la lecture avance en une espèce de créature parasite qui n'a plus aucun point commun avec une femme. Ce qui, d'ailleurs, empêche toute identification des lecteurs à Tomie, accentuant encore sa nature menaçante.

De même Tomie n'a t-elle pas de fond: tel un animal sauvage elle se contente de réagir de manière à se maintenir en vie, ce qui dans son cas veut souvent dire « se faire massacrer horriblement ». Finalement son don de manipulation des hommes elle ne le doit que peu à ses talents d'oratrice mais plus à sa plastique et au nuage de phéromone qui l'accompagne où qu'elle aille: encore une fois exactement comme un animal ou une plante. D'ailleurs osons la comparaison jusqu'au bout, Tomie tient beaucoup du fruit qui dégage un parfum sucré et arbore une couleur vive dans l'unique but d'être dévoré et de pouvoir semer ses graines un peu plus loin.

Enfin, Tomie n'est pas la seule femme du manga, au contraire même. Junji Ito s'est justement amusé à mener toutes sortes d'expériences sur sa créature: la confrontant à des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, et différents milieux socio-professionnels. Personnages secondaires auxquels le lecteurs s'identifie en revanche très bien puisque chaque histoire est racontée du point de vue de l'un d'eux, un peu à la manière d'une légende urbaine... Tomie la nouvelle dame blanche ? XD

Un dessin précis et terrifiant.

A n'en pas douter Junji Ito est un excellent dessinateur, bien que le dessins des premiers chapitre soit encore maladroit par rapport au reste de la série, qui a développé un style réaliste détaillé étonnement personnel et délicat qui se caractérise par une utilisation raisonnée des trames et beaucoup du trait. Professionnel de la métamorphose graphique, son style sert à la perfection son scénario. Sitôt que la situation dégénère, ou s'apprête à dégénérer, les traits se multiplient, les cases s'assombrissent, les visages doux et angéliques d'il y a encore quelques pages se transforment soudain en masques de foires monstrueux et les environnements jadis rassurants deviennent suffocants. Sa façon de rendre les volumes et les matières organiques est elle aussi impressionnante, peut-être s'agit-il d'un reste de son travail de son travail de dentiste: En tout cas le résultat est glaçant. A vrai dire, on peut presque considérer qu'il y a plus matière à cauchemars dans les dessins de Junji Ito que dans ses histoires. La mise en scène très carrée propre à ce type de mangas (sous entendu kowai mangas) ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais crée un contraste intéressant entre l'aspect très conventionnel et tranquille du découpage, et ce qui se produit dans les cases.

Conclusion:

Tomie est à mon sens le manga le plus réussis de Junji Ito, et une lecture référence si l'on apprécie le manga d'horreur. Et s'il ne constitue pas un moyen efficace de perdre quelques heures de sommeil l'imagination de Junji Ito pour inventer de véritable casse-tête à l'intention de ses créations, et son dessins très impressionnants ne manquerons pas de vous rendre accro.

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas gores

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