The Voynich Hotel de Douman Seiman

Publié le 26 Avril 2013

The Voynich Hotel de Douman Seiman

Du rire au suicide par balle.

Titre: Voynich Hotel

Manga-ka: Douman Seiman

Date de publication au japon: 2006

Statut de la série: En cours

Statut de ma lecture: En cours

Nombre de tomes parus au Japon: 02

Taizou, un jeune homme japonais des plus communs, prend une chambre dans l'étrange Voynich hotel, situé sur l'île de Blefuscu, pour une durée indéterminé; ignorant que dans cet hôtel et sur cette île en général se déroulent de bien étrange évènements.

The Voynich Hotel se présente, à travers des chapitres de huit pages, comme un manga choral suivant la vie des différents habitants de l'île plus ou moins en rapport avec l'hôtel en question. Tragicomédie étonnamment poignante, elle ne m'a rendu Douman Seiman, que j'avais découvert avec son recueil « Nickelodeon », que plus sympathique.

On doit pas avoir la même définition de « comédie ».

Les âmes damnées qui me suivent sur Twitter (@NocturneAeros) le savent déjà: Douman Seiman est le genre de manga-ka qui fait se fendre mon petit cœur fragile. Et pourtant lorsque l'on regarde comment les sites de lectures en ligne classent ses mangas, le mot comédie revient souvent. Il ne s'agit pas là uniquement d'une erreur de classement commise par les machines sans âme qui ont du à un moment ou un autre remplacer les êtres humains de chaire et d'os qui se chargeaient de cette tâche. Il est vrai que Douman Seiman est loin d'être un manga-ka dénué d'humour, et j'ai parfois franchement rit de certaines de ses histoires. Le manga-ka maitrise en effet très bien l'humour absurde et les références décalées à la pop-culture japonaise mais aussi internationale. Son univers est pour ainsi dire absurde en soi: On le comprend sitôt que l'on voit le masque du directeur de l'hôtel... Un catcheur de lucha libre. Le rythme de son manga rappelle également les codes du gag manga: Chapitres courts se terminant le plus souvent par une chute et personnages atypiques en tête. Certains chapitres et personnages sont même strictement humoristiques et le resteront tout au long du manga. Pour autant, ce ne sont pas ceux qui sont les plus originaux ni même les plus intéressants. J'ai même envie de dire que c'est lorsque Douman Seiman cherche à être uniquement drôle qu'il l'est le moins.

Ainsi, ne voir que ce côté là de l'oeuvre de l'artiste, c'est faire l'impasse sur un univers au moins aussi tragique et sordide qu'il n'est en apparence amusant et léger.

L'enfer est sur terre.

Bien que située dans le sud ouest de l'océan Pacifique, l'île fictive de Blefuscu est loin d'être le paradis pour touriste auquel on pourrait s'attendre. Je ne vous spoile pas grand chose puisque c'est ce qu'on apprend dans les premiers chapitres: Après avoir été colonisée par les espagnoles, elle déclare son indépendance en 1846 et se rattache à la république (réelle) de Saint-Marin. Après une longue guerre civile qui ne s'est terminé qu'il y a une vingtaine d'années, l'île est aujourd'hui en proie à une guerre différente, celle des gangs mafieux de la région. Elle entretient également un rapport conflictuel avec l'archipel nippon qui a détruit le paysage et les ressources naturelles de l'île pour y bâtir un complexe touristique, lui-même mort en même temps que la récession économique... Vous l'avez bien compris on ne part pas d'un contexte spécialement joyeux. Contexte qui fait d'ailleurs directement écho à l'histoire de nombreux pays émergents ou un peu plus avancé: pays d'Amérique du sud en tête.

Ajoutez à cela que les traces de cette misère économique et sociale sont partout: L'hôtel par exemple est grand et semble à priori avoir été luxueux, mais il est aujourd'hui vieux, décati et presque vide à l'image des bâtiments coloniaux que l'on trouve un peu partout dans le monde. Pas une case où n'apparaisse un mur fissuré. Il en va de même pour tous les bâtiments de l'île même les lieux à priori réconfortants sont en fait striés de fissures et semblent sales. Dans le même ordre d'idée, l'on suit par moment les aventures d'un groupe d'enfants qui trainent dans une décharge et dont les parents, voire la famille tout court, n'est jamais mentionnée (quant au peu qui est mentionné... Vous verrez bien.). Les légendes même qui circulent sur et dans l'île sont toutes plus glauques les unes que les autres et dénotent une violence extrême et permanente. De plus pour des raisons expliquées plus tard dans le manga les morts, sous formes de fantôme ou de simples souvenirs, apparaissent souvent sur l'île, accentuant encore l'aspect sordide du lieu.

L'île est un écho de l'enfer en cela qu'elle semble déjà morte et qu'il semble ne jamais rien arriver de bien à ceux qui y pénètrent. Sachant cela, il devient plus difficile de rire du ton parfois volontairement badin du manga-ka, et attendez, ce n'est que le début.

L'enfer, c'est les autres.

L'univers glauque au possible serait moins pesant si, sous leur vernis rigolo et souriant, les personnages n'étaient pas eux-même dramatiques. La plupart d'entre eux sont profondément blessés psychologiquement et/ou physiquement, et ceux qui ne le sont pas paraissent incapables d'émotions humaines. Spoiler, la plupart d'entre eux ne sont même pas réellement vivants. Amusez vous à compter le nombre de gens vivants et en pleine santé sur l'île, vous allez voir...

De plus comme-ci ils n'étaient pas tous déjà suffisamment abîmés comme ça, il faut que le manga-ka leur rajoute des emmerdes colossales qui enfoncent le clou toujours plus profond. Et le tout, et c'est peut-être là le plus horrible finalement, dans l'indifférence quasi générale. Car on ne pleure pas beaucoup dans The Voynich hotel. Des gens meurent ou disparaissent quotidiennement sur l'île et dans l'hôtel et c'est tout juste si les autres personnages s'en soucient. Le décalage entre la façon dont le manga-ka nous a fait s'attacher au sort de ses personnages et la froideur avec laquelle leur mort ou leur disparition est traitée, loin d'être amusante, met le lecteur extrêmement mal à l'aise: Mais à quel niveau d'horreur et de désespoir se situent ces personnages pour se moquer à ce point du sort d'autrui ?

L'enfer est partout.

Histoire d'accentuer encore un peu plus, en supposant que ce soit possible, l'aspect sordide de toute cette affaire: le monde extérieur, du peu qu'on nous en dit, semble à peine mieux, si ce n'est pire que l'île. Si bien que l'île, pourtant abominable, finit par devenir un refuge par rapport au monde extérieur. Beaucoup de gags anodins en apparence témoignent de la folie générale. Vous y penserez lorsqu'il sera fait mention d'un certain catalogue ou qu'un certain animé passera à la télévision. Finalement c'est l'univers entier de Douman Seiman qui a basculé à un moment ou à un autre dans la folie furieuse et dans la mort et qui n'en est jamais sorti depuis, s'enfonçant toujours plus dans un marasme chaotique de désespoir dont personne ne peut sortir tout à fait indemne.

Oh c'est... Pas mignon... Du tout.

Le graphisme de The Voynich hotel comme des autres manga de Douman Seiman est à l'image de son scénario. Pas bien méchant et plutôt mignon en apparence: Angoissant au possible pour peu qu'on se penche un peu dessus. En effet bien que ses personnages arborent des proportions adorables à base de membres fins et délicats, de grosses têtes et de grands yeux expressifs, son utilisation de la plume, des trames et sa mise en scène est nettement moins kawaii. Peu friand des effets de trames, le manga-ka utilise beaucoup d'aplats donnant au départ au manga un aspect un peu cartoon, qui apparaît de plus en plus comme un traitement finalement assez froid de l'image. Il en va de même pour le trait un peu brutal et tranchant de manga-ka dont les personnages sont très anguleux. Inchangé dans les moments les plus tragiques ou poignants du récit, ce style de dessin semble finalement assez cruel et froid, sans aucune empathie. Inhumain.

La mise en scène, quant à elle, est extrêmement efficace tout comme l'est le design des personnage, simple mais reconnaissable à des kilomètres. Si bien que loin de minimiser l'horreur de ce qui nous est montré le style l'accentue parfois avec brio par un effet de contraste saisissant.

A boire, à manger... Et à vomir.

L'on retrouve dans ce manga toutes les créatures et les thèmes qui semblent faire partie de la « mythologie Seiman » telles qu'on peut éventuellement l'identifier dans Nickelodeon... Ce qui signifie que l'on trouve de tout dans ce manga. De la romance, du fantastique de l'horreur, de l'humour, une intrigue policière, de l'histoire, de la SF, et j'en passe... Mais soyez prévenu cependant quand je vous dis que Douman Seiman n'est pas un manga-ka drôle. Je dirais même qu'il est franchement cruel. Genre cruel au point de rédiger ses scénarios avec les Clamp, Jun Mochizuki et Kaneshiro Muneyuki, tout en donnant des coups de fouets sur le dos des petits indiens qui fabriquent les gants en peau de bébé phoque de son usine, vous voyez ? Du coup vous trouverez sans doute de tout mais surtout de quoi noyer votre clavier d'ordinateur sous vos propres larmes.

Sachez-le.

Conclusion:

Difficile de décrocher de l'univers cruel, absurde, fou, tragique et parfois drôle de Douman Seiman quand on y a mit les pieds. Pour ma part j'ai lu The Voynich hotel d'un bloc et je l'ai fait avec plaisir, tout comme pour Nickelodeon. Si vous ne connaissez pas ce manga-ka donc, filez le lire... Mais prévoyez quand même une boîte de prozac, au cas ou, ça m'ennuierait de perdre des lecteurs.

J'ai mis cette page parce que je trouve le tigre MAGNIFIQUE. *o*

J'ai mis cette page parce que je trouve le tigre MAGNIFIQUE. *o*

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