Shitaro-kun

Publié le 8 Avril 2013

Shitaro-kun

Mauvaise fréquentation.

Titre: Shitaro-kun

Manga-ka: Knife Senno

Date de publication au japon: 1997

Statut de la série: Terminée

Statut de ma lecture: Terminée

Nombre de tomes parus: 2

Editeur: Soleil

Shitaro-kun est un enfant adorable, avec sa tête de bouddha et ses grands yeux ronds, il se promène en sautillant joyeusement, chantonne des comptines enjouées, et est toujours près à rendre service. Pas sûr cependant, qu'après avoir vu ses petites dents pointus et ce qu'il cache dans son sac, vous ayez vraiment envie qu'il vous aide.

Knife Senno est avec Ochazukenori un de mes premiers kowai manga-ka. Je lisais leurs histoires avec délectation sous les regards horrifiés des autres collégiens. A l'image de Junji Ito, Knife Senno est un manga-ka prolixe spécialisé dans les one-shot et autres histoires courtes. Ainsi si je fais là exclusivement la critique de Shitaro-kun, je vous recommande bien évidemment de jeter un coup d'oeil à ses autres recueils parus en France: Sister et la fin de l'Eden.

Fais moi peur.

Un point fort de Knife Senno est, je trouve, sa façon de jouer avec les codes de la légende urbaine. Toutes ses histoires nous sont racontées à travers les yeux d'adolescents quelconques voire volontairement clichés qui pourraient très bien être les « amis d'amis d'amis » à qui l'on doit toutes nos histoires d'horreurs et nos légendes urbaines. Témoins au combien pratiques, car inattaquables. Le tome 1 de Shitaro-kun s'ouvre d'ailleurs sur une histoire ayant traits à ces mythes bien connus, et le manga-ka y reviendra plusieurs fois. Non pas pour s'en moquer ni pour les appuyer, mais plutôt, semble-t-il, pour rendre hommage au genre dont il s'inspire majoritairement. Le design et la nature même du personnage de Shitaro-kun ont un énorme potentiel de légende urbaine et en sont probablement directement inspirés.

Il faut savoir que contrairement à d'autres manga-ka qui se serve de l'horreur pour critiquer la société ou réellement nous faire peur, Knife Senno cherche ici seulement à nous divertir. Pour autant il sait pertinemment avec quoi il s'amuse et compte nous amuser. Ainsi on retrouve dans ses histoires un terreau fertile à nouvelles légendes ou au contraire le souvenir lointain d'une histoire racontée tard le soir entre amis avec une lampe de poche sous le menton.

Pour autant comme je le disais précédemment, il n'y a aucune volonté de nous horrifier chez ce manga-ka. (Du moins pour le public ciblé.) Aussi le divertissement passe-t-il par un étalage de gore, de situations absurdes et de créatures improbables.

Un gamin qui vous veut du bien.

Vous l'aurez sans doute compris, le manga de Knife Senno est un recueil d'histoires plus ou moins en rapport avec le mystérieux personnage éponyme: Shitaro-kun. Personnage cher au manga-ka puisqu'on le trouve dans beaucoup d'autres recueils. Je ne ferais d'ailleurs sans doute pas une critique classique de ce manga s'il ne s'agissait pas de disserter sur cette création sortie du cerveau bien attaqué de notre brave manga-ka.

En effet en tant que personnage Shitaro-kun est tout à fait passionnant.

En premier lieu c'est un enfant, créature la plus dangereuse et terrifiante de l'univers de la fiction d'horreur depuis la nuit des temps, en témoignent l'Exorciste, La Malédiction ou certaines histoires de Mail. Or cela le rend immédiatement sympathique. Tout ce qu'il fait, aussi horrible que cela puisse être, passant par le prime de ce comportement enfantin ne semble finalement pas si dramatique. Après tout il voulait juste aider... Et c'est là tout le problème.

Un des autres aspects réellement amusants chez ce personnage c'est son statut de divinité morbide dont on ne sait pas très bien s'il rend service ou non aux gens. En effet contrairement à pas mal de créatures sinistres de kowai manga, il ne punit pas les méchants pour aider les gentils (d'ailleurs au sujet de qui meurt dans les manga d'horreurs, je vous recommande cette lecture hilarante ) ni ne s'en prend au premier venus par pure cruauté (genre Tomie). Les victimes de Shitaro-kun sont des gens qu'il apprécie. Finalement on pourrait dire des histoires de Knife Senno qu'elles sont rarement morales puisque toutes les personnes qui aident, se montrent gentilles, ou simplement parlent avec Shitaro-kun ont des trucs improbables qui leur arrive, et le plus souvent catastrophiques. D'autant plus que l'attirail du charmant petit garçon pour faire de votre vie un cauchemar est des plus fournis vu qu'il semble en contact avec quelques forces obscures...

Pour autant, et c'est là que ça devient intéressant, on ne peut pas tout à fait dire qu'il fait cela dans l'intention de nuire. Il lui arrive parfois de sauver des vies, d'exaucer des vengeances et même dans d'autres manga de se montrer carrément sympathique. Bien sûr ça ne se fera pas sans un bain de sang en règles, mais tout de même.

Ainsi le graphisme même du personnage apparaît bien moins anodin qu'il n'en a l'air avec son visage de bouddha terrifiant. Un peu comme les bonnes fées de nos contes anciens ,si l'on se montre gentil, Shitaro-kun exauce nos vœux... Reste à savoir comment.

Le shôjo-guro c'est rigolo.

Ce qui est amusant aussi avec Knife Senno c'est qu'il s'agit d'un ancien manga-ka de shôjo... Qui en a gardé le style graphique, le tout, comme je l'ai dit précédemment, en se complaisant dans le gore. Cela pourrait donner un ensemble assez indigeste voire carrément raté. Mais au lieu de cela, le résultat est réellement efficace. Le contraste entre les visages délicieux et délicats de ses personnages tout droit sorti d'un manga niais pour jeunes filles et les horreurs qu'il leur fait subir est assez génial. De plus, l'artiste est très bon pour dessiner cadavres, mutilations abominables et organes volant aux quatre vents avec un trait tout aussi délicat et raffiné que ses corps, conférant une certaine grâce aux scènes les plus sordides. Comble du bonheur, ses dessins sont magnifiques et la mise en scène est efficace. Rappelant un peu le style des premiers Clamp (et des années 80 en général) mais avec un dynamisme dénué de rigidité, le trait du manga-ka étant au contraire très fluide et courbe tout en étant incisif.

Conclusion:

Un manga divertissant pour les amateurs de glauque et d'humour qui ne tiennent pas à se faire de véritable frayeur, et surtout particulièrement beau.

Notre brave petit Shitaro en train de rendre service, comme à son habitude...

Notre brave petit Shitaro en train de rendre service, comme à son habitude...

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas gores

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