Shingeki no kyojin (l'Attaque des Titans en VF) de Isayama Hajime

Publié le 19 Mai 2013

Shingeki no kyojin (l'Attaque des Titans en VF) de Isayama Hajime

Tragédie titanesque.

Titre: Shingeki no kyojin

Manga-ka: Isayama Hajime

Date de publication au Japon: 2009

Statut de la série: En cours

Statut de ma lecture: En cours

Nombre de tomes parus au Japon: 11

Nombre de tomes parus en France: 2

Il y a plusieurs siècles de cela sont apparus les Titans, créatures à la hauteur de ce que suggère leur nom, et de surcroit quasi invincibles, qui ont faillit éradiquer l'humanité toute entière en la dévorant. Heureusement il y a 100 ans, les survivants ont réussis à se réfugier derrière les murs gigantesques d'une vaste cité, vivant en paix et dans une sécurité qu'il croient acquise depuis... Jusqu'à ce qu'un Titan colossal brise le mur et laisse entrer dans la ville un flot continu de ses semblables, donnant lieu à un carnage sans précédent. Le jeune Eren, sa sœur Mikasa et Armin en sont les témoins et victimes. Mais plutôt que de se résigner à voir l'humanité disparaître, eux décident de se battre contre ces monstres.

De part sa récente adaptation animée qui connait un succès absolument fulgurant, Shingeki no kyojin est sur toute les lèvres. Pour ma part les premiers épisodes de l'anime ne m'ayant pas du tout convaincu, je me suis précipitée sur le manga. Et j'aurais été bien bête de faire autrement, car ce manga est grandiose, et surtout... Ecrit par un vrai malade. Pour vous donner un ordre d'idée Shingeki no kyojin est publié dans le même magazine de prépublication que Aku no hana (dont j'ai fait la critique ici) à savoir Bessatsu Shônen. A croire que cette boîte à des actions chez un cardiologue...

Un début pas très convaincant quand même...

Pour ma part si l'anime ne m'avait absolument pas attiré, il serait faux de dire que le début du manga m'avait, lui, transporté. C'est même tout le contraire. La raison principale étant... Les personnages. En effet on me les avait vendu comme très attachants et bien écrits. Pour m'a part je les ai trouvé terriblement convenus.

En premier lieu on a le héros. Je dirais qu'il y a deux écueils dans lesquels peuvent tomber un héros de shônen classique. Le premier étant l'apathie totale. Dans ce cas, le héros ne fait jamais rien volontairement ; il faut que quelqu'un meurt sous ses yeux pour qu'il se bouge ; il ne doit la vie qu'à ses partenaires et il va à l'aventure un pas en avant un quart du globe terrestre en arrière. Ce type de héros, insupportable, est néanmoins né en réaction à un autre type de héros non moins insupportable: Le héros méga volontariste, toujours en première ligne, toujours hypermotivé dés les premières secondes et qui est évidemment seul contre tous et gonflé à bloc de grands idéaux. Eren, rassurez vous, n'est pas de la première catégorie, en revanche il pourrait servir d'exemple pour illustrer la seconde. Or les héros comme ça c'est assez vite fatiguant. A vrai dire cela aurait pu être cohérent dés le début, s'il s'était extrait de lui-même d'une vie de confort pour partir à l'aventure de son propre chef et tuer les Titans de manière quasi sacrificielle à la manière d'un Lorenzaccio. Mais ce n'est pas le cas, puisque comme je l'ai dit plus tôt, ce qui le fait agir outre sa volonté, c'est aussi le fait que sa vie paisible soit détruite du jour au lendemain. Du coup sa volonté nous apparaît, de base, comme franchement redondante.

Vient ensuite le ténébreux. Ici c'est une ténébreuse (bien) mais honnêtement c'est son seul point fort. En dehors de cela, c'est la ténébreuse classique. Soeur du héros elle est la tête là où il est les jambes (comme tous les ténébreux) et sous ses airs indifférents c'est bien entendu la personne qui tient le plus au héros. Inutile du reste de vous faire un portrait de ce qu'est un ténébreux de manga, vous vous figurez tous très bien la chose.

Enfin il y a Armin, l'ami d'enfance. Et je m'arrêterai là parce que tout est dit.

La narration qui entoure les personnages est elle aussi franchement ratée, le manga-ka utilisant en effet un incessant et terriblement agaçant système de flash-back sitôt qu'il veut développer la personnalité d'un protagoniste, ce qui parasite grandement le travail de développement chronologique. Ce n'est d'ailleurs pas sans rappeler le traitement des Espada dans Bleach où Tite Kubo attendait systématiquement le moment de leur mort pour raconter leur histoire. Sauf que non, et je m'adresse là à tous les futurs scénaristes: NE FAITES PAS CA. Déjà parce qu'en plaçant systématiquement tous les traumatismes d'un héros dans le passé vous l'empêchez de se développer dans le présent en interaction avec les autres personnages. Ensuite parce que cela crée une distance entre le lecteur et l'évènement et donc une distance entre le lecteur et le personnage. Et enfin parce que ça peut, au choix, faire oublier l'action déjà en cours, ou faire rager le lecteur qui n'attend que la suite de l'action en cours. Dans tous les cas, vous êtes perdants. Isayama Hajime donne ici un contre-exemple d'autant plus parfait qu'il lui arrive de faire des flash-back ABSOLUMENT PAS NECESSAIRES puisqu'ils auraient très bien pu s'inscrire dans l'action de manière naturelle et pas du tout gênante si l'on reprend l'histoire dans l'ordre chronologique. C'est d'ailleurs le parti prit de l'animé. Mais non, peut-être fasciné par l'effet de style du dévoilement successifs des actions que l'on a pas vu précédemment, le manga-ka finit par frôler le ridicule à force de flash-back intempestifs.

Non revenez, en fait c'est génial ! D8

Mais heureusement, Shingeki no kyojin est... Vous l'aurez deviné... Multiscalaire ! Or cette dimension permet de faire oublier en partie les ratés dans la personnalité ou le travail des personnages puisqu'ils ne sont que des pions dans une intrigue qui les dépasse largement. Isayama Hajime voit en effet beaucoup plus loin, mettant en perspective tragédies à petite échelle, machinations politico-religieuses, enquête quasi policière, et constats sur l'espèce humaine. Menant pour ainsi dire au moins 4 intrigues de front. Ce qui donne à son œuvre beaucoup d'envergure, et pas seulement à cause des Titans. (huhuhu)

En outre, arrêtons d'être mauvaise langue: Malgré le bagage un peu lourd de tout ce qui semble s'être produit avant les événement du manga, le manga-ka parvient tout de même à développer ses personnages avec talent, aussi clichés soient-ils au départ. Ainsi les même qui m'avaient fatigués dans les premiers chapitres, dont les héros, m'ont beaucoup plus intéressés par la suite, se nuançant au fur et à mesure que l'action avance. De plus, malgré le déluge de personnages secondaires, ICI justifié puisqu'il s'agit comme je l'ai dit précédemment d'une intrigue à très grande échelle, l'auteur ne tombe pas dans l'écueil que j'ai souvent présenté et que j'ai envie d'appeler le théorème de Bleach. A savoir le fait de présenter mille personnages, et de les développer les uns à la suite des autres, en une seule fois, avant de les faire retomber dans l'oublie. Au contraire, Isayama Hajime maintient tout du long l'aspect chorale du manga, développant tous ses personnages par petites doses et en même temps ; certains par rapport à leur passé, d'autres par rapport aux autres personnages ou aux événement présents. Le tout en parvenant à ne pas trop nous embrouiller et à nous faire ressentir de l'empathie pour tout le cast. Pour notre plus grand malheur...

George R.R Martin Seal of approval.

Comme je vous le disais au début de cette critique il y a autre chose qui rend ce manga assez génial, c'est la volonté évidente du manga-ka de nous faire faire avoir une crise cardiaque avant la fin de la série. Comment ? En nous faisant nous attacher à des personnages... Tout en ne garantissant aucunement leur survie, aussi importants soient-ils pour l'intrigue, et en les mettant face à des dangers toujours plus titanesques et incompréhensibles. Ainsi, comme si la métaphore du Titan ne se suffisait pas en elle-même il faut toujours que la situation face à laquelle se trouve les personnages soit encore plus complexe et/ou plus dangereuse qu'elle ne l'est en apparence. Sachant que face à un Titan qui peut vous avaler tout rond d'un geste, et qui se régénère à l'envie, la barre de difficulté est déjà placée très haut. Ainsi, finalement, ce qui nous apparaît au fur et à mesure des chapitres, c'est que Isayama Hajime n'insiste pas sur la force de ces héros mais bien sur leur incommensurable faiblesse. Le rapport de force est d'une inégalité telle que les personnages ne peuvent nous apparaître autrement que fragiles, et même lorsqu'ils semblent puissants ce n'est que pour s'avérer être plus misérables encore quelques pages plus loin. Le manga-ka s'amusant toujours à appliquer la loi de Murphy. L'ensemble constituant une méthode très efficace qui génère une vraie proximité avec les différents protagonistes.

S'ajoute à cela une intrigue dantesque autour de l'origine des Titans et de leur nature qui maintient tout autant en haleine que le sort des personnages. En effet les Titans, loin de servir de simple prétexte à une illustration de la détresse humaine, sont également un des paramètres centraux de l'histoire. Rajoutant encore un autre point de vue et une autre façon d'aborder l'intrigue dans son ensemble.

Une mise en scène et un dessin... Titanesques.

Si le dessin du manga-ka apparaît hésitant et peu maîtrisé dans les premiers chapitres, il devient de plus en plus beau au fur et à mesure. Cependant, ce qui frappe dés le tome 1, c'est la virtuosité d'Isayama Hajime lorsqu'il s'agit de retranscrire le mouvement. Les scènes de combat contre les Titans sont, dés le début, et encore plus par la suite, splendides. On sent réellement la puissante des monstres et leur invincibilité, tout comme la fluidité des mouvements des humains lorsqu'ils les combattent. De plus avec la mise en scène qui allie savamment des plans subjectifs qui nous plongent, et de manière terrifiante, au plus près des combats; ainsi que des plans non moins abominables suffisamment éloignés pour nous donner un sentiment d'impuissance totale: Le lecteur est à vif à la moindre approche d'un Titan.

Autre point flagrant et tout à fait surprenant chez Hajime, c'est son goût des gravures européenne du début de la renaissance qui transparait de manière évidente un peu partout dans ce manga. Que ce soit dans le design des Titans qui alternent entre monstres tous droit sortie d'un sabbat en 1400 ou écorchés animés. Dans les paysages, châteaux moyenâgeux et campagnes bucoliques. Dans les vêtements: Les personnages portent des blasons au design très daté et situé. Et enfin et surtout dans sa façon de dessiner elle même. Le travail aux petits traits d'Hajime pour rendre les textures plutôt que de tout faire à la trame, comme certains, n'est pas sans rappeler les gravures à l'eau forte qui ont fait le succès de Dürer. (Ne me faites pas dire ce que je ne n'ai pas dit, je n'ai pas comparé les deux, j'ai juste relevé d'où venait l'inspiration.) Du coup cela donne un univers tout à fait particulier, mais très cohérent, original et efficace.

Conclusion:

Un manga qui pourrait être comme beaucoup de shônen... Mais qui ne l'est en aucun cas. Au lieu de cela c'est une vraie perle. Aussi bien au niveau du scénario que de la mise en scène et du dessin. Cependant si vous vous décidez à lire ce manga autant vous prévenir, niveau émotion, on a pas fait beaucoup mieux depuis les montagnes russes.

Cette page ne dit rien du manga, mais fuck this, elle est trop belle, je la mets.

Cette page ne dit rien du manga, mais fuck this, elle est trop belle, je la mets.

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas gores, #mangas psychologiques

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