Ryuuguuden par Matsunaga Toyokazu

Publié le 30 Juillet 2013

Ryuuguuden par Matsunaga Toyokazu

Conte impitoyable.

Titre: Ryuuguuden

Manga-ka: Matsunaga Toyokazu

Date de publication au Japon: 2004

Statut de la série: Terminée

Statut de ma lecture: Terminée

Nombre de tomes parus au Japon: 3

Deux jeunes frères qui font les saltimbanques avec leur mère pour survivre, croisent une riche héritière de leur âge. En échange du spectacle, celle-ci propose de montrer au plus jeune « quelque chose de fascinant » et le fait monter à bord d’un train plus que suspect qui emmène les deux frères tout droit vers une cité engloutie exactement comme dans la légende du « Palais du roi dragon. » Seulement ce qui les attend là-bas n’a absolument rien de féérique…

J’ai tendance à ne pas lire les manga dont on me prévient à l’avance qu’ils sont horribles, du coup je ne sais pas si je devrais vous le dire… Mais ne vous y laissez pas prendre, Ryuuguuden est un manga horriblement triste et perturbant. En même temps, il fallait s’y attendre lorsque l’on sait que Matsunaga Toyokazu est aussi le manga-ka de Paperakyu, manga non moins sordide sous ses airs pourtant innocents.

Un piège efficace et tordu.

Le plus terrible dans ce manga, est que lorsqu’on le lit pour la première fois, on ne voit pas le coup venir. Certes, la mise en scène est un peu étrange, les décors semblent un peu vides et la situation de départ des protagonistes n’est pas glorieuse. Mais le fait qu’ils portent un costume de lapin dédramatise considérablement le tout. Du coup lorsqu’arrivent les premières allusions au sexe, et au conte de fée, on pense naïvement avoir à faire à un détournement parodique, au sens de l’humour un peu tordu du manga-ka…

NON.

Si elle n'est pas dépourvu de scènes drôles et souvent absurde, et si la trame narrative, à la base, n'est pas sans rappeler beaucoup de manga destiné à un public plus jeune, Matsunaga Toyokazu aborde à travers son œuvre des thèmes très matures sous un angle tellement cru qu'il confine parfois à la froideur. Prostitution, injustice, viol, meurtre, discrimination, cannibalisme, autant de situation auxquels nos deux jeunes héros se retrouvent confrontés dans le « Palais du roi Dragon ». Face à ces nombreuses et extrêmement amères désillusions, l'auteur détruit tous les rêves d'enfants de ses protagonistes principaux à l'image de leurs costumes de lapins qui apparaissent d'abord blancs et doux et finissent salis et abimés. Et lorsque l'on croit par moment reconnaître des situations et/ou des personnages typiques du conte ou du manga grand publique, dont on connait à l'avance l'évolution: C'est avec un plaisir malsain (en tout cas c'est comme ça que je l'imagine) que le manga-ka brise ces schémas de narration, rendant son œuvre à la fois beaucoup plus vraie... Et franchement sordide. Ne laissant pas un moment de répit au lecteur qui, à l'image des deux héros, s'en prend toujours plus dans la tronche à chaque chapitre.

Le piège est d'autant plus efficace que Matsunaga Toyokazu use de références à de nombreux autres récits, voire genres de récits, créant un véritable ovni. Si bien que l'on ne sait jamais tout à fait sous quel angle aborder le mélange et que l'on se retrouve nous-même perdus dans cet univers où l'incompréhension succède à l'horreur et l'horreur à l'incompréhension de manière cyclique jusqu'au bout.

Des personnages très bien écrits.

C'est finalement un des tours de force du manga que de réussir à livrer des personnages étonnamment vrais et plausibles dans une situations dont l'absurdité ne fait qu'augmenter pages après pages. Bien que ses deux protagonistes principaux soient frères, à aucun moment le manga-ka ne se complet dans un rapport facile de grand-frère protecteur/petit frère naïfs. Ses deux personnages sont tour à tour pathétiques puis grandioses, héroïques puis minables, gentils puis salauds. Cela pourrait d'ailleurs s'appliquer à tous les personnages du manga, ce qui les rend extrêmement difficiles à cataloguer en tant que gentils ou méchant comme on s'y attendrait dans la plus part des contes. La limite est, ici, souvent ténue, voire inexistante car leur si leur comportement peut nous paraître immoral, il est toujours plausible, compréhensible. Les personnages féminins quant à eux ne sont pas plus réussis qu'ils ne sont ratés, je n'insiste donc pas dessus.

De déterminer si ce manga est mignon ou pas...

Pour ma part je trouve le style de Matsunaga Toyokazu aussi beau, élégant, délicat et mignon qu'il est affreusement perturbant. Peu amateur de trame, le travail du manga-ka m'a souvent rappelé celui de Moebius: Ligne claire, formes rondes mais pas bonhomme, mise en scène froide, vide et onirique. Différence majeure ici, le beau et l'effrayant côtoient souvent le ridicule. Le design de certains personnages et créatures étant pensé avec beaucoup d'élégance et/ou une simplicité et une grâce enfantine, tandis que d'autres sont traités avec un soin maniaque dans le seul but de les rendre horrifiants, pathétiques voire les deux. Le mélange de l'horreur, de la beauté et de l'absurde du dessin comme de la mise en scène correspondent parfaitement au scénario qui s'étend lui même sur tout le spectre des émotions.

Conclusion:

Ryuuguuden est réellement une lecture intéressante. Riche, poétique, amorale, impitoyable, comme n'importe quel conte , sous couvert de fantastique, ce manga traite de la vie elle même dans tout ce qu'elle a de merveilleux et de cruel. Un récit initiatique (?) glacial pour publique averti et n'ayant pas un petit cœur fragile comme le mien. (Bhheeuuuaaaaawwwhhhh ! Sniirrrfflllll. Huuuuuhhhhhhh... ToT)

Adorable, hein ? Profitez-en ça ne va pas durer.

Adorable, hein ? Profitez-en ça ne va pas durer.

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas psychologiques

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