Litchi Hikari club de Furuya Usamaru

Publié le 12 Janvier 2013

Litchi Hikari club de Furuya Usamaru

Le monde merveilleux de l'Ero-guro !

Titre: Litchi Hikari Club

Manga-ka: Furuya Usamaru

Date de publication au japon: 2006

Statut de la série: Terminée

Statut de ma lecture: Terminée

Nombre de tomes parus: 1

Editeur en France: Imho

Le Litchi Hikari club n'est pas un club de collégiens comme les autres. Dirigés par le charismatique Zéra, ils conspuent les adultes, rêvent d'immortalité et adulent la beauté. Dans le but d'approcher cet idéal, ils construisent Litchi, un robot chargé de ramener la jeune déesse qui manque à leur culte. Mais alors qu'ils l'ont enfin en leur possession, la situation dégénère...

Aaahhh l'ero-guro, ce genre merveilleux et tellement perturbant, ce concentré de ce qu'il y a de plus dérangeant dans le cerveau troublé des artistes, et des manga-ka japonais en particulier. Pour ceux qui l'ignorent, l'ero-guro est un genre cinématographique à la base mais qui est aujourd'hui très utilisé pour désigner des manga. Il consiste en un mélange, assez improbable mais efficace, d'érotisme et de gore confinant à l'absurde au point d'en devenir grotesque, et donc férocement drôle. Il est évident qu'il existe beaucoup de manga ero-guro qui sont à rapprocher du hentai et qui sont donc strictement pornographiques, si c'est ce que vous cherchez, passez votre chemin, car Litchi Hikari Club n'est pas de ceux là. Préparez vous à du lyrisme, à de la folie, à de la classe et de la tragédie en pagaille. Près pour un petit aperçu de ce bijou ? Accrochez vous à ce que vous pouvez, j'entame la critique du manga le plus trash, de ce blog... (Enfin, pour le moment...)

Come to the dark side

Litchi Hikari Club est un manga dont la conception en soi est déjà assez bizarre. Il s'agit en effet d'une adaptation d'une pièce de théâtre underground (je hais ce mot, mais puisque le manga-ka l'utilise pour définir cet univers, je me le permets aussi), par un manga-ka non moins underground qui admirait d'ailleurs un manga-ka encore plus underground que lui. A ce rythme là, on va finir par se brûler...

La pièce Litchi Hikari club est en effet une création d'une compagnie de théâtre des années 80 appelée le Tokyo Grand Guignol et qui traitait de thèmes violents avec une mise en scène non moins violente. Malheureusement on ne trouve pas de vidéo des représentations d'origine pour que vous ayez un aperçu de ce que c'était, et je ne sais pas ce que valent les nouvelles.

Ayant découvert l'univers du théâtre et du manga underground lors de ses années lycée, Usamaru Furuya explique que cette compagnie et son univers lui ont laissé un souvenir tellement fort qu'elles ont façonnées son propre travail. C'est en désirant leur rendre hommage qu'il créa ce manga. Adoptant un style rappelant l'univers de Suehiro Maruo (voir ici) et de Sho-u Tajima (voir ) Usamaru Furuya parvient à restituer l'expérience qu'à pu lui procurer la pièce de théâtre du Tokyo Grand Guignol avec minutie, bien que le scénario semble très différent de celui d'origine, aussi bien pour des raisons pratiques de gestion de l'histoire, que pour des raisons personnelles. En reste la violence des thèmes, et de l'action, le sexe, et l'esthétisme tordu de la pièce d'origine qui se manifestent dans une mise en scène proprement incroyable. Sans jamais vendre la mèche sur ce qui va se passer ensuite, le manga-ka créé, à travers une utilisation experte de la trame noire et de la plume qui ne fait ressortir du décors que la chaire des protagonistes, une atmosphère poisseuse et magnifique à la foi. S'ouvrant sur une scène de propagande dans tout le rêve qu'elle peut vous vendre et le cauchemar qu'elle dissimule la mise en scène se termine sur un aperçu de l'Enfer, dont on ne sait pas trop s'il faut en rire ou en pleurer.

Qui sème le vent...

L'aspect génial du scénario, tel qu'il a été remanié par le manga-ka, tient dans la toile d'araignée formées aussi bien par les relations entre personnages que par les relation de ces même personnages à la société. Située dans le japon des années 50, le Litchi Hikari Club est le reflet de toutes les névroses de son époque et de son pays. L'on y trouve en vrac: la déliquescence des relations humaines; la séparation des sexes confinant à l'absurde qui nourrit tous les fantasmes et toutes les perversions; et la dépression de la société Japonaise d'après-guerre, encore éblouie par la folie et l'illusion de grandeur de la colonisation, tandis que l'économie est au plus bas. Mais l'on y trouve aussi des thèmes bien plus universels, l'impression de toute puissance de l'enfance et d'omniscience de l'adolescence, la poursuite de l'idéal, l'amour, la jalousie, et la peur du monde des adultes. Car qu'y a t-il de plus terrifiant pour des adolescents en quête de sens et de grandeur qu'un futur plombé qui leur offre pour seule perspective de devenir comme tous ces adultes uniformes et répugnants ? Pour tous les protagonistes, le Litchi Hikari club est d'abord un refuge qui se transforme en prison, jusqu'à l'implosion.

Paradoxalement, étant donné la folie à laquelle va conduire ce que j'ai évoqué précédemment, ce que Furuya Usamaru décrit dans ce manga, et qui semble être plutôt fidèle à la pièce, est aussi une organisation pyramidale que l'on retrouve dans tous les groupes humains, et les groupes d'amis en particulier. Avec Zéra qui exerce sur le autres un pouvoir quasi divin, Hiroshi en contre-pouvoir et leurs amis qui ont un besoin viscéral de modèle et de reconnaissance et sont prêt à suivre Zéra jusqu'au bout de ses délires pour ça. On en arrive à une situation digne d'une tragédie, et que l'on vie pourtant tous au quotidien pour peu que l'on ait deux trois amis.

Vous n'allez JAMAIS deviner par où le bas blesse... Aha.

Face à la complexité et la grâce de tous les membres du Litchi Hikari Club, les deux personnages de Kanon et Litchi semblent bien fades... Seule protagoniste féminin de l'histoire, choisie pour sa beauté, Kanon, soyons francs, est une vraie greluche. -_-" Complètement bi-dimensionnelle dans sa personnalité, elle n'est là que pour présenter une allégorie de la perfection éculée qui a: une voix de muse, un corps de déesse et des manières de princesses. Ce qui aurait pu paraître rafraichissant au vu du reste de l'univers est en réalité terriblement agaçant, étant donné qu'il est clairement montré qu'en réalité tous les personnages sont naïfs et délicats à leur manière. Du coup elle apparaît comme redondante voire en trop dans le scénario... Le problème étant que c'est un personnage extrêmement important. Pour ce qui est de sa relation avec Litchi, elle est absolument pathétique, à base de princes et de violons, introduit sans aucune subtilité le thème de l'humanité, alors qu'il n'a rien à faire là dedans. Ici la question ne se pose même pas, tous les personnages sont terriblement humains, dans leurs aspirations comme dans leurs craintes, et c'est se moquer de nous que de nous faire croire le contraire.

Conclusion:

Un excellent one-shot, complètement tordu, qui aborde des thèmes universels avec une violence impressionnante tout en restant réellement beau. Attention cependant, il s'agit d'ero-guro, particulièrement violent avec des scènes de sexes crues. A ne pas remettre à de jeunes gens et je dirais même, pas à tous les adultes...

Pour vous donner un aperçu de l'atmosphère sans vous choquer...

Pour vous donner un aperçu de l'atmosphère sans vous choquer...

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas gores, #mangas psychologiques, #mangas ecchi, #mangas yaoi

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