Kurosagi, livraison de cadavre de Eiji Otsuka et Hosui Yamazaki

Publié le 1 Novembre 2012

Kurosagi, livraison de cadavre de Eiji Otsuka et Hosui Yamazaki

Un bon client est un client mort.

Titre: Kurosagi, livraison de cadavres.

Manga-ka: Housui Yamazaki (dessin) Eiji Otsuka (scénario)

Date de publication au japon: 2002

Statut de la série: En cours

Statut de ma lecture: En cours

Nombre de tomes parus en France: 10

Editeur en France: Pika

Kurosagi raconte l'histoire d'un étudiant, prénommé Karatsu, en 4ème année de fac bouddhiste. Alors qu'il s'ennuie, ce dernier intègre un bien étrange club composé d'une hackeuse, d'un type capable de communiquer avec des extra-terrestres à travers une marionnette, d'une experte en thanatopraxie et d'un sourcier dont le don lui permet de trouver des cadavres. A la suite d'une étrange mésaventure, ces derniers s'aperçoivent que Karatsu est sans doute le plus bizarre d'entre tous puisqu'il est capable de faire parler (et même se mouvoir) les morts. La petite équipe décide donc de créer une petite entreprise qui livre les défunts où ils veulent, en échange de ce qu'ils peuvent donner en retour.

Vous avez l'impression d'avoir fumé un join rempli de LSD le tout trempé dans de la vodka après avoir lu ce résumé ? C'est normal. On doit le scénario à Eiji Otsuka, le même qui a conçu le scénario schizophrène de MPD Psycho. Et bien que l'on soit encore très loin du dédale paranoïaque de ce dernier, Kurosagi comporte lui aussi son lot de « wtf ?! » et de trucs sordides... Mais pas que.

« Vous êtes morts ? Nous vous livrons où vous voulez. »

Sachez le, Kurosagi est un manga plutôt amusant. Il est vrai qu'au prime abord, un manga qui parle de morts ne semble pas avoir de grandes chances de nous faire rire. D'autant plus qu'il s'agit d'un seinen. D'ailleurs, ce n'est pas non plus l'unique but des auteurs qui enchainent les histoires tristes, sordides voire proprement terrifiantes, n'hésitant pas à exhiber aux fils des pages cadavres en putréfactions, fantômes, morts brutales et nudité particulièrement crue. Pourtant face à tout ce qui se produit dans ce manga, le scénariste adopte un point de vue résolument décalé, ce que l'on ressent dés qu'on lit les slogans du manga et qu'on aperçoit les couvertures des tomes. Qui plus est si les personnages compatissent et aident leurs clients avec zèle (enfin plus ou moins) ils prennent leur travaille de « livreurs de cadavre » avec une certaine légèreté, voire bonne humeur. On ne tombe pourtant jamais dans un humour irrévérencieux ou trop facile comme ça pourrait être le cas pour un shônen. Au contraire, Kurosagi est tout en subtilité dans son humour sordide: les personnages sont amusant en eux-même sans que l'on ai besoin de grossir le trait, de même que les situations prêtent à sourire sans qu'on est besoin de rajouter des gags lourds. Il se dégage du coup de Kurosagi une certaine joie de vivre qui s'inscrit assez bien dans la vision de la mort que donne le manga. Cette dernière est vue comme la continuité de la vie, quelque chose d'important, et de parfois grave, mais jamais totalement noir. D'ailleurs le travail d'Hosui Yamazaki et Eiji Otsuka est d'autant plus original que justement, pour une fois, les héros ne sont pas du côté des vivants, mais bel et bien de celui des morts ce qui nous place, moralement parlant, très loin de la plupart des mangas et animes d'exorcismes ou d'enquêtes à caractère fantastiques. Ainsi, dans la plupart des mangas quelque soit le mal dont se sont rendus coupables les vivants ils doivent absolument être sauvés alors que les morts n'ont pas droit à la vengeance et doivent être exorcisés pour regagner leur monde en paix. Dans Kurosagi en revanche, si vous êtes responsables de la mort de quelqu'un vous allez le payez... Cher...

Un manga qui nous en apprend beaucoup.

Pour grand nombre de néophytes et même pour certains lecteurs assidus, et là dessus je blâme le manga international, on apprend rien dans les mangas. Et encore une fois, Kurosagi lorsque l'on jette un coup d'oeil à son synopsis, n'a vraiment pas l'air d'un manga didactique. Pourtant, c'est un des mangas (avec Akumetsu) qui m'a le plus appris sur l'histoire et les mœurs nippones. En effet Kurosagi est non seulement très ancré dans la réalité (la majorité de l'action se passe dans le Tokyo d'aujourd'hui), mais il est aussi bourré de références littéraires, cinématographiques, historiques et populaires. De plus la trame narratives se composant majoritairement d'histoires courtes se déroulant dans différents milieux, l'on aborde au fur et à mesure des tomes tous les aspects de la vie nippone, et ce à toutes les échelles, tout en apprenant pleins de petites autres choses utiles et/ou amusantes. Ainsi l'on sait grâce à ce manga ce que sont les plaines Dendera, quel est le code des vendeurs au porte à porte pour que leurs ventes réussissent, ce qu'est la thanatopraxie et j'en passe...

Un graphisme rare.

Hosui Yamazaki est un mangaka comme on en voit assez peu, même dans l'univers du seinen. Ses personnages sont assez trapus sans être caricaturaux (vous me direz vu le graphisme de la plupart des mangas, il suffit de dessiner un personnage correctement proportionné pour qu'il ait l'air trapu) et son dessin des corps est hyper réaliste tandis que celui des visage est relativement stylisé. Ainsi, on a une impression de réalité sans pour autant que les protagonistes perdent de l'expressivité caractéristiques des personnages de mangas. Ce réalisme devient particulièrement efficace lors des scènes horrifiques du manga, rendues beaucoup plus intenses. Un gros plan sur le visage d'un corps en décomposition devenant bien plus impactant que cela ne l'aurait été si la même scène avait été dessinée par Yoshiki Tonogai (pour rester dans le seinen). Couplé à un vrai talent de mise en page, et à une capacité d'adaptation du dessin en fonction des situations ( invasion de lignes, jeux de trames et tracé féroce sitôt que le scénario devient horrifique), le dessin de Hosui Yamazaki participe véritablement à la mise en place de l'ambiance en demi-teinte de Kurosagi, dont on est jamais tout à fait sûr si le manga-ka cherche à nous faire rire, pleurer, ou affreusement peur.

C'est un peu répétitif, non ?

Etant donné que l'on suit le quotidien d'une équipe de livreurs de cadavres, au bout d'un moment une certaine routine s'installe. Numata trouve un corps, Karatsu le fait parler, Makino le prépare pour qu'il puisse être transporté, Sasaki glane des information, Nama et son extra-terrestre participent à l'enquête de terrain, le cadavre est livré et tout est bien qui finit bien... Oui. Mais non. Déjà parce que, vous vous en doutez il y a a peu près autant de routine dans Kurosagi qu'il y en a dans le métier de policier dans une série américaine, c'est à dire que chaque cas est forcément différent du précédent et d'une complexité monstre. De plus, comme je vous l'ai déjà dit, sont abordés dans ce manga une quantité de thèmes et de milieux tellement vaste qu'il semble impossible de s'ennuyer. Autre point qui fait que Kurosagi parvient à retenir toute l'attention de ses lecteurs, toutes ces histoires sont-elles même liées par une intrigue plus vaste. Vous me direz que c'est un poncif dans ce genre de schéma narratif: sauf qu'il faut bien avouer que dans le cas présent l'auteur distille les élément de cette intrigue de fond au compte goutte et avec une efficacité redoutable, au point que l'on se surprend a élaborer des théories complexes pour relier les différents indices entre eux, avant qu'Eiji Otsuka ne nous dévoile les tenants et aboutissants de l'énigme visiblement de grande envergure, qui se met peu à peu en place.

Conclusion:

Kurosagi est un seinen, certes complètement cinglé: mais surtout intelligent, violent, sordide, chargé en humour noir, mais aussi en joie de vivre et en bonne humeur. L'on y apprend plein de choses et le tout avec un graphisme qui énervera bien les gens qui disent « non mais de toute façon les manga sont tous pareils » or je ne connais pas de plaisir plus grand. U_U

Une petite page histoire de vous faire perdre quelques heures de sommeil.

Une petite page histoire de vous faire perdre quelques heures de sommeil.

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas gores

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