Kami no kodomo des Nishioka Brosis (Kyôdai dans le texte).

Publié le 20 Février 2013

Kami no kodomo des Nishioka Brosis (Kyôdai dans le texte).

Vous pensiez que plus grand chose ne pouvait vous choquer ?

Titre: Kami no kodomo

Manga-ka: Nishioka Brosis (Kyôdai)

Date de publication au japon: 2009

Statut de la série: Terminée

Statut de ma lecture: Terminée

Nombre de tomes parus au Japon: 1

Kami no kodomo nous met dans la peau et dans la tête d'un serial-killer psychopathe, pervers sexuel et mégalomane oscillant étrangement entre la cruauté la plus abjecte, et le sublime.

Vous vous souvenez quand j'ai dit que Litchi Hikari Club était pour le moment le manga le plus tordu dont j'ai fait la critique ? Bah voilà, le moment est venu. Dorénavant il prendra la place de « second manga le plus sordide » critiqué sur ce blog, et croyez moi, Kami no kodomo mérite BIEN sa place de premier.

Un manga en vue à la première personne...

L'intérêt majeur de Kami no kodomo est qu'il commence dans la tête du personnage principal, un fou, clairement, et qu'il n'en sort jamais. Ce qui est à la fois très intéressant et extrêmement perturbant lorsque l'on est habitué aux schémas narratifs grands publiques.

En effet habituellement, lorsqu'un fou apparaît quelque part, les scénaristes ressentent le besoin impérieux d'expliquer pourquoi il est comme ça. C'est assez logique, et plutôt satisfaisant pour le lecteur, mais pas toujours tellement vraisemblable ; cet excès de zèle peut même casser complètement un mythe. Dans le cas du personnage principal de Kami no kodomo, il y a bien une explication qui nous est fournie au début du manga de part la description que le fou fait de sa conception puis de sa naissance: Mais comme je vous l'ai dit, c'est lui qui nous la donne, et elle est totalement absurde, ne serait-ce que parce que personne ne se souvient de sa propre naissance. Là encore dans un manga (ou n'importe quelle autre production) conventionnel, à un moment ou à un autre il finirait par y avoir une distanciation par rapport au personnage qui devrait nous permettre d'en savoir plus sur lui et les origines de son mal. Ici les Nishioka Brosis n'en n'ont absolument pas ressenti le besoin. Du coup on doit se contenter de cette explication mystique de la folie du personnage principale... Qui paraît pourtant étonnamment plausible étant donné ce qu'il parvient à faire par la suite.

Qui risque pourtant de parler à tous.

Si le personnage principal de Kami no kodomo est bien trop effrayant pour qu'on l'apprécie, il est néanmoins étonnamment lucide sur le monde qui l'entoure, lequel est parfois bien plus angoissant que lui. Ses délires sont souvent ponctuées de constatations sur la société auxquelles il est difficile de ne pas adhérer, et dont il finit par se servir pour assouvir ses propres pulsions. Si bien que l'on finit par détester bien plus vite la société tout entière plutôt que le psychopathe, avec lequel on a en plus été familiarisé. Il est d'autant plus difficile de haïr ce fameux personnage que bien qu'il soit dans une dynamique de revanche envers l'univers entier, il ne hait personne en particulier. Ce personnage en vient même par moment à faire des choses qui auraient pu être considérées comme morales si d'autres les avaient faites, ou si les motivations derrières celles-ci avaient été différentes. Il reconnaît également les bienfaits qui lui sont fait par des tiers et ses propres erreurs. Or cela augmente un peu plus le flou qui règne sur la façon dont s'est construite sa personnalité: Est-il seulement un fou mégalomane ou est-il réellement la puissance supérieur qu'il prétend être ? Au vu de sa lucidité et de ce qu'il parvient à faire, la question finit par réellement se poser.

En dehors de cela, l'universalité de la narration est augmentée par une certaines caractéristiques scénaristiques et de mises en scène. Pour commencer le « héros » n'a pas de nom ce qui ne le caractérise pas comme étant différent de nous. Se trouver ainsi au milieu de sa psyché sans rien savoir de son identité sociale, nous place dans une position comparable à celle de Jiminy Cricket. En être humains, sinon normaux du moins sains d'esprits, que nous sommes, nous observons la vie et les pensées de ce personnage amoral sans pour autant pouvoir agir dessus. Nous voilà devenue l'inutile bonne conscience du tueur... Ajoutons à cela que tout ce qui pourrait donner au personnage principal une identité propre forte en dehors du mythe qu'il s'est lui-même construit nous est enlevé de la narration voire du décors. On n'entraperçoit qu'une seule fois le visage de ses parents, il n'a pas d'amis et l'on ne sait rien de ses camarades de classes, on suppose que l'endroit où il vit est une ville de taille moyenne mais aucune indication n'est donnée sur celle-ci. D'une manière général dans ce manga les noms n'existent pas, même certains personnages pourtant importants n'en n'ont pas. On sait que l'action se déroule au Japon à des indices et à une critique implicite de la société nippone, en revanche on ne sait pas à quelle époque cela se passe.

Si bien qu'au final, bien qu'il s'agisse d'un récit extrêmement personnel, de part sa violence et son discours, il apparaît clairement que ce personnage pourrait en réalité être n'importe qui et n'importe où, ce qui renforce à la fois son prétendu statut divin et donne une toute autre dimension aux paroles qu'il profère à la fin du manga.

Un univers visuel splendide.

Cependant, Kami no kodomo ne serait pas aussi génial, fascinant, et inquiétant sans son dessin. C'est en effet la première chose qui m'a attiré dans ce manga, avant même le scénario. Cette œuvre ne serait qu'un énième manga sordide sans cet univers si particulier. Il faut dire que l'on est ici à des années lumières du manga commercial: L'absence totale de trames conventionnelles, exception faite des trames noires, est remplacée par des trames aux motifs labyrinthiques et par un travail minutieux, voire complètement névrotique, à bases de petits traits et de petits points qui plonge le lecteur dans un univers abstrait et perturbant. Lequel univers tantôt stellaire, cellulaire, ou même cubiste, s'accorde parfaitement à la vision du monde dans laquelle on est plongé. Les pages sont tout à la fois angoissantes, poétiques, appréciables par tous et totalement dissociées du réel. En témoigne la mise en scène qui s'absout volontiers de la perspective la plus élémentaire, ou du décor, donnant des images parfois aériennes et gracieuses, parfois déformées et stressantes.

Le design des personnages qui emprunte aussi bien au dessin d'enfant qu'à l'icône byzantine en passant par du Matisse est également impressionnant . Les personnages aux visages quasiment dénués d'expressions, sauf lorsqu'ils meurent, sont réellement stressant, le dessin faussement naïf ne faisant qu'accentuer encore la peur qu'ils peuvent inspirer. De plus, si le dessin rend les scènes les plus violentes du manga regardables, il n'en atténue quasiment pas la cruauté, le contraste en est même d'autant plus saisissant.

Loin de minimiser la violence du scénario donc, le dessin perturbant et enfantin, en apparence, de Kami no kodomo le sublime voire l'accentue. Créant un objet dérangeant d'un bout à l'autre de la lecture et quelque soit l'angle de vue.

Prenez moi au sérieux pour une fois.

Je me permet d'insister sur ce point cependant. Kami no kodomo est un manga fondamentalement violent. Certes, il a beaucoup d'autres manga dont j'ai longuement fait l'apologie alors que ce sont de véritables carnages (peut-être aussi parce que ce sont de véritables carnages); mais celui-là est une sorte d'exception. Là ou tous les autres manga sordides de ce blog sont des bain de sangs improbables, bénéficiant du double filtre de la surenchère et de l'humour, Kami no kodomo malgré son dessin est extrêmement réaliste et absolument pas amusant. Il en va de même pour ce qui relève de la perversion sexuelle ici explicite, violente, et pas du tout conçue dans une volonté de charmer le lecteur.

Je vous averti donc, n'entamez pas sa lecture en vous attendant à quelque chose de léger, et ne lisez pas si vous n'êtes pas en age, ou ne vous sentez pas en age, de le faire.

Conclusion:

Kami no kodomo est un chef d'oeuvre. Perturbant, angoissant, et qui ne donne volontairement aucune réponse aux questions qu'il soulève. L'univers graphique unique des Nishioka Brosis colle parfaitement à leur histoire non moins unique. Attention cependant, il s'agit d'un chef d'oeuvre noir, voire franchement sordide...

Kami no kodomo des Nishioka Brosis (Kyôdai dans le texte).

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas psychologiques, #mangas gores, #mangas yaoi

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