Double Mints de Nakamura Asumiko

Publié le 29 Mai 2013

Double Mints de Nakamura Asumiko

Romance psychopathe

Titre: Double Mints

Manga-ka: Nakamura Asumiko

Date de publication au Japon: 2009

Statut de la série: Terminée

Statut de ma lecture: Terminée

Nombre de tomes parus au Japon: 1

Mitsuo et Mitsuo ont le même prénom et le même nom de famille. Après avoir entretenu durant leurs années de lycée une relation « d'amitié » verticale franchement malsaine, ils ne se sont plus jamais revu. Jusqu'à ce qu'un jour Mitsuo, le dominant, appelle Mitsuo, le dominé, pour qu'il l'aide à se débarrasser d'un cadavre... Mais du meurtrier ou du chien, le plus tordu des deux Mitsuo n'est peut-être pas celui que l'on croit.

Voilà, nous y sommes, vous découvrez à présent l'horrible vérité sur votre hôte: J'aime le yaoi. Pas le shônen-ai tout mignon qui n'est autre que du shôjo avec des garçons, non, le yaoi (ou BL), le vrai avec des scènes de cul de 10 pages et le moins censuré possible de préférence. Je pense que sur tous les manga que j'ai pu lire dans ma vie les trois quart doivent en être, c'est dire. Il était donc grand temps que l'hypocrisie cesse et que je consacre au moins UN ARTICLE à un manga du genre. Et pas n'importe lequel, car j'ai choisis LE yaoi que je recommande systématiquement quand on me demande un bon yaoi, et LE yaoi dont je n'arrête pas de dire que c'est un vrai truc de détraqué (j'en ai lu des pires depuis, mais bon...). A savoir, Double Mints.

Petite introduction au bon et surtout au mauvais yaoi.

Déjà le yaoi (ou Boy's love), qu'est-ce que c'est ? C'est un genre de manga érotique voire pornographique décrivant des relations entre hommes. A différencier, comme je le disais plus haut, du shônen-ai qui ne présente aucunes scènes de sexe et que l'on peut donc rapprocher du shôjo manga. Important à savoir, le yaoi est écrit par des femmes à destinations de femmes. Quand il s'agit de manga porno gay écrit par et pour des hommes, on lui donne le nom de bara.

Ceci étant dit, qu'est-ce que j'appelle du mauvais yaoi ?

Il y a plusieurs travers dans lesquels peut tomber un mauvais yaoi, ils peuvent être tous présents, mais généralement un seul d'entre eux suffit à faire basculer le manga dans l'enfer des mauvais yaoi. Le premier et le plus agaçant, c'est lorsque la manga-ka s'est contentée de calquer sur deux personnages masculins une histoire de couple et des attitudes totalement hétéro-normées voire une caricature de couple hétérosexuel. A savoir un seme (dominant) viril, puissant, sexy, et dominateur d'un côté, et de l'autre un uke (dominé) trop kawai, sentimental, fragile, et un peu con. Rôles qu'ils conserveront au lit et qui ne seront JAMAIS remis en question tout au long de l'histoire, parce qu'il ne faudrait pas que le uke soient un peu dominant de peur que la lectrice ne se reconnaisse plus dans ce personnage... C'est extrêmement agaçant parce que déjà ça donne une image de la femme que je trouve pour ma part franchement insultante, et ensuite parce que si je voulais lire une romance hétéro un peu crétine ponctuée de scènes de sexe où l'on s'est juste contenté de rajouter un pénis en plus... Bah j'en lirais une.

Autre travers que l'on retrouve généralement dans le même genre de mauvais yaoi que ceux qui usent du stratagème précédent: La justification du viol. En effet à un moment le seme tellement viril et impénétrable (dans tous les sens du termes) viol le uke. Mais à chaque fois ET JE DIS BIEN A CHAQUE FOIS le uke le pardonne. Soit parce qu'en réalité son seme « l'aime »; soi parce que le uke ne dit rien, mais que le seme qui est supérieurement intelligent sait que malgré ses hurlements, le uke le désir puissamment du plus profond de son être et qu'il ne fait que se voiler la face. Rendant tout ce qui s'est produit avant (harcèlement moral et physique, viol, jalousie extrême) et après la déclaration (à savoir strictement la même chose) tolérable. Or non seulement ce n'est pas acceptable sur le plan moral, mais en plus ça donne une image terrifiante de la relation de couple telle qu'envisagée (ou fantasmées) par les manga-ka visées. Alors bien sûr, je comprends où est le fantasme dans l'idée de tomber sur un homme (magnifique) qui vous aime et vous désire tellement qu'il est incapable de se contrôler. Mais on parle ici d'un poncif qu'on retrouve dans TOUS les yaoi ou presque, qui est évacué de la même manière dans tous les yaoi où presque, et qui est lu par des milliers de femmes. Donc, heu, non mesdames, arrêtons un peu de relayer ce genre d'idées puantes, surtout qu'en y regardant de près, je pense que personne n'a envie de se faire violer par l'homme qu'elle aime ou qui l'aime...

Troisième travers, celui des univers imposés. Il y en a un qui à mon sens prend le pas sur à peu près tous les autres: L'école. Collège parfois, mais plutôt lycée généralement. Je suis certes la première à trouver les uniformes très sexy, mais faudrait veiller à pas trop déconner non plus, c'est quand même plus de la moitié des intrigues de yaoi qui se passent dans des écoles. Avec à peu près toujours la même cohorte de scénarios imposés. A savoir: le garçon pas cool qui tombe amoureux du mec populaire/bad boy de la classe; les rivaux qui finissent par tomber amoureux; les deux meilleurs amis dont l'un est amoureux de l'autre mais n'ose pas lui dire etc. Vient en deuxième position, je crois, l'entreprise où la relation patron/employé est prétexte à une relation verticale dominant/dominée avec harcèlement sexuel justifié en prime. Y'en a aussi pas mal sur les yakuza (ce qui m'a toujours beaucoup impressionnée je dois dire), mais celles-ci sont généralement plus intelligemment traité donc même si ça reste un univers imposé, ça passe mieux.

Dernier travers: Celui de la profonde bêtise des personnages. Comprenons nous bien, les gens ne sont pas forcément intelligent et leurs réactions ne sont pas forcément raisonnées. Mais de là à ce qu'il semble normal que le uke se demande « oh mon dieu pourquoi a-t-il fait ça » en se retournant dans tous sens et en pleurnichant lorsque le seme lui roule la pelle du siècle... Y'A QUAND MEME DES LIMITES.

Vous comprendrez donc, que Double Mints ne possède aucun de ces éléments, ou plutôt que ceux qui y sont n'y sont pas du tout traités de la même manière.

Un yaoi psychologique et non normé comme on les aime.

En premier lieu, Double Mints, même s'il est finalement centré sur la relation entre les deux Mitsuo, a une véritable intrigue, très bien construite, et qui nous tient vraiment en haleine. On sent que cette histoire de meurtre sordide et que les événements qui s'en suivent, ne sont pas que des prétextes pour amener des scènes de cul. Ils participent à la construction des personnages, sont le reflet, et font partie intégrante de leur relation et de leur façon de penser en tant qu'individus.

Ensuite, contrairement aux mauvais yaoi avec leur psychologie à deux balles qui étalent en long en large et en travers les pensées idiotes du uke, généralement (parce que le seme est impénétrable, je répète), Double Mints prend le parti de ne pas nous révéler les pensées de ses protagonistes. On sait finalement très peu de choses du ressenti des deux Mitsuo l'un par rapport à l'autre ou par rapport à ce qui leur arrive, et on ne le découvre que petit à petit au fil du récit, la manga-ka n'hésitant pas à nous mener vers de fausses pistes. Et lorsqu'elle daigne nous laisser entrapercevoir les pensées profondes de ces derniers, ses personnages n'ont jamais l'air idiots. Complètement cinglés: Possible. Mais jamais stupides.

Autre point appréciable de Double Mints, les personnages ne jouent pas un rôle d'homme ou de femme. A aucun moment on n'a l'impression que l'un des deux Mitsuo est là pour remplacer une femme, ni dans le design, ni dans le comportement. Il s'agit d'un romance entre deux hommes, et on nous le signale bien. Par ailleurs il y a des femmes dans le manga, ce qui n'est pas le cas de tous les yaoi, et si elles ont un rôle secondaire, c'est loin d'être le pire qu'on leur est attribué dans ce genre.

Enfin, aussi glauque que soit la relation entre les deux Mitsuo... Elle est consentante. Et à aucun moment la violence de ce qui se produit n'est éludée par un « je t'aime » magique. Ce que les personnages acceptent de violence, il ne l'acceptent pas à posteriori, ce qui les blesse, les blesse vraiment et n'est pas considéré comme une broutille. Car il ne faut pas se voiler la face Double Mints est un manga tout de même sérieusement tordu, et quand j'ai dit qu'il s'agissait d'une romance tout à l'heure, c'est vrai... Mais ne vous attendez pas à quoi que ce soit de niais et de mignon comme ce que l'on a malheureusement pris l'habitude de mettre derrière ce mot.

Entre le rêve et le cauchemar éveillé.

Dernier point qui rend Double Mints particulièrement spectaculaire, c'est le dessin de Nakamura Asumiko que j'admire profondément. Ses corps humain sont d'une inscriptible souplesse, ils semblent toujours en mouvement, en apesanteur. Leur interminable élongation quasiment maniériste permettant toujours plus de jeux de courbes, en dépit parfois de toute réalité anatomique. Les personnages de Nakamura sont tordus, mentalement, et physiquement. Pour autant, la manga-ka parvient a restituer avec une impressionnante justesse la souplesse de la chaire, la matière d'un vêtement, la sensation que l'on pourrait avoir en passant sa main dans les cheveux d'un de ses personnages, et le tout en une ligne. Le design des dits personnages est également impressionnant. Le regard de Mitsuo (le dominant) est d'une puissance que je trouve incroyable.

La mise en scène est elle aussi atmosphérique. S'y mêlent des images en aplats de noir et blanc quasi abstraites et de grands espaces vides dans lesquels semblent voyager les protagonistes, tantôt perdus au milieu de ces immensités, tantôt partie intégrantes de celles-ci. On n'a l'impression de nager en plein rêve ou en plein cauchemar devant certaines de ces pages, de s'être perdu, d'être devenu à moitié fou... Or cette correspondance entre l'effet onirique du dessin et l'absurdité qui semble quasi irréelle de tout ce qui ce produit dans ce manga est particulièrement efficace.

Conclusion:

Double Mints est un yaoi grandiose à des années lumières de ce qui est devenu l'archétype du genre. Grandiose dans la romance malsaine qu'il nous offre, dans la cruauté des événements qu'il nous présente mais aussi dans la beauté des images qu'il nous montre. Alors si le yaoi vous intéresse mais que vous en avez marre de lire toujours la même histoire bête et chargée en clichés:

Lisez Double Mints.

Impressionant Mitsuo, pas vrai ?

Impressionant Mitsuo, pas vrai ?

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas psychologiques, #mangas yaoi

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LestatHolmes 09/07/2016 18:05

je viens de lire ce manga hier soir, et je dois avouer que je suis bien d'accord avec ce que tu dis ! J'en ai lu des yaoi, des tas et des tas depuis mes 11 ans, et j'avoue que les bon vieux stéréotypes puants avec la vision d'un couple hétéro normé et toutes autres conneries du genre m'insupportent . Ce yaoi est une vraie perle dans le sens ou il change totalement de tout ceux là, et les design des héros sont super : enfin on a droit à autre chose que le bishi ultra bg et imberbe vs le petit délicat féminin.

Par contre, j' ai été "choquée" par quelques éléments , qui m'ont rappelé les histoire que je créé depuis mes 12 ans xD :

1: Mitsuo à été mon pseudonyme de mes 12 ans jusqu'a mes 16 ans, c'était un nom qu'a l'époque je croyais avoir inventé et que je ne voyais jamais, et il a d'ailleurs été le nom de l' héroine de mon manga que je créait à l'époque (qui était ensuite devenue un héros)
Il y avait d'ailleurs 2 Mitsuo dans mon histoire, et elles/ils étaient tordu comme les perso de Double Mint

2: les 2 Mitsuo disent qu'ils ne forment qu'un, et le blond fait référence à Dieu qui a séparé les hermaphrodite par jalousie et on été divisé en deux personne : c'était le scénario d'un de mes yaoi que j'avais créé à 13 ans, sauf que à la place d'hermaphrodite, c'était des "puissances", des anges qui accompagnent Dieu

3: il y a quelques mois, j'ai imaginé une scène de lynchage pour le personnage gay dans ma BD (c'est une bd traitant de plusieures choses, et le personnage gay est amoureux du héros, et se fait brimader) : des mecs attendent le garçon à la sortie de l'écoles, et ensuite le malmènent. Ils le filment, et lui font subir des horreurs: il lui rasent le crâne limite jusqu'au sang ( le type à des cheveux noir et blond en bataille et les gars trouvaient ça ridicule), lui arrachent ses piercing (oreilles, lèvres) et le défigurent, lui arrachent les vêtements et devaient lui faire subir des sévices (que je ne dessinerais pas mais suggèrerait) . Ils posteraient ensuite la vidéo de lynchage sur un site, et le héros dont le mec lynché est amoureux tomberait dessus.

Et là ... quasiment la même scène dans Double Mint, j'ai halluciné xD !!!!! de plus, Mon perso lynché ressemble au Mitsuo brun : attitude rebelle, cheveux noirs (mais avec des mèches blondes) un peu comme quand il était au lycée et des yeux noirs très perçants (et une fois qu'il sort de l'hopital et que ses cheveux avaient repoussé il ressemblait traits pour trait au Mitsuo brun du présent !)

Betty 02/07/2014 22:29

Wow! Je viens de découvrir ton blog et tu me donne Enormément envie de lire Double Mints! En lisant tous les exemples de "mauvais yaoi", j'ai eu un gros Fashback x') Sinon, Superbe critique, très construite et qui donne vachement envie d'en savoir plus sur ce bijou!! Ja ne~