Apocalypse no toride de Kuraishi Yuu et Inabe Kazu

Publié le 29 Janvier 2013

Apocalypse no toride de Kuraishi Yuu et Inabe Kazu

Vous reprendrez bien un peu de cerveau ?

Titre: Apocalypse no Toride

Manga-ka: Kuraishi Yuu (scénario) et Inabe Kazu (dessin)

Date de publication au japon: 2011

Statut de la série: En cours

Statut de ma lecture: En cours

Nombre de tomes parus: 9

(Critique du 29/01/2013, à ce moment là seuls trois tomes du manga étaient parus)

Yoshiaki Maeda, adolescent de 16 ans des plus communs, voit sa vie basculer le jour où il est envoyé en maison de correction pour un crime qu'il n'a pas commis. Pour ne rien arranger, il se retrouve à partager sa cellule avec les 3 détenus les plus givrés de cet Alcatraz pour mineur. Mais cela devient le cadet de ses soucis le jour où les zombies envahissent la ville...

Oui, je sais ce que vous pensez: « Quoi ?! ENCORE DES ZOMBIES ! ». Et je dois bien admettre que moi aussi je commence à en avoir par dessus la tête de ces charmantes créatures grognantes et baveuses. D'autant plus après qu'elles nous aient faussées compagnie le 21 décembre, seul jour où il aurait été opportun qu'elles apparaissent. Pourtant, permettez moi de vous parler d'Apocalyspe no toride, car croyez moi, il le mérite.

♪What's in your heeeaaadd, in your heeeaaddd ?!♪

Des zombies, on en a bouffé, l'année dernière particulièrement. Entre les films sur les zombies, les parodies de films de zombies, les séries, comics, et livres sur le sujet, on commence un petit peu à arriver à saturation. Notons cependant que la plupart de ces œuvres sont des créations made in USA, terre natale du zombie tel que nous le connaissons dans la pop-culture. (Non, parce que au cas où vous seriez pas au courant, je vous signale quand même que les zombies c'est haïtien, voire africain à la base.) Or il est toujours intéressant de voir comment d'autres pays se sont réappropriés le mythe du zombie et s'en sont servit pour faire passer des messages très différents de ceux véhiculés par les américains. On peut prendre l'exemple du film « La Horde » de Yannick Dahan (que j'aime très fort) dans lequel le scénariste met en scène une situation où les « héros » parviennent à capturer et immobiliser un zombie et profitent de leur position dominante ; faisant brutalement changer la monstruosité de camp.

C'est donc avec en tête les enjeux propres à ce genre qu'il faut approcher les manga de zombie, pour mieux constater les différences, parfois drastiques, avec ce que nous sommes habitués à voir en occident. Etrangement, il n'y a pas énormément de manga que l'on puissent qualifier de « manga de zombies », bien qu'il y en ait énormément où des morts vivants apparaissent à un moment où à un autre du récit. Pour ma part, les deux que j'ai respectivement vu et lu sont Highschool of the dead et Apocalypse no toride.

Je pourrais vous parler longuement d'Highschool of the dead dont l'animé est étonnamment bon malgré la quantité ASTRONOMIQUE de fan service revendiqué, qui lui donne un style finalement assez unique. Mais je n'ai pas eu le courage de me pencher sur le manga, ma tolérance aux gros seins et petites culottes en plan serré ayant ses limites, et ici c'est un site de critique de manga.

Penchons nous donc sur Apocalypse no Toride.

Du zombie à la japonaise.

Je risque peut-être de vous spoiler grandement tout au long de la critique et dans cette partie particulièrement, je m'en excuse à l'avance.

Détail qui m'a fait immédiatement tiquer dans le traitement des zombies d'Apocalypse no toride et qui a été oublié dans pas mal d'œuvres sur le sujet alors que Romero lui même avait déjà utilisé cet atout: Les zombies de ce manga son intelligents, voire ont une sorte de conscience de masse. Là où les zombies occidentaux sont ou hyper rapides ou hyper mou mais toujours hyper stupides, Kuraishi Yuu propose une alternative tout à fait intéressante dont je ne peux pas vous dire beaucoup plus sous peine de vraiment beaucoup vous spoiler. Dans tous les cas cet aspect des zombies, dévoilé relativement tardivement et dont on ne connait pas encore les tenants et aboutissants exacts, les rend totalement imprévisible et infiniment plus dangereux. Ainsi lorsque nos héros croisent le chemin de ces monstres, on n’a pas l'impression désagréable qu'ils ont cherchés les ennuis, ou qu'ils se font avoir bêtement. Le groupe d'adolescents ne sait réellement pas à quoi il a à faire, et même lorsqu'ils croient avoir une idée sur le sujet, ils se rendent compte la page d'après qu'ils se sont plantés sur toute la ligne.

D'ailleurs à ce sujet, l'origine des zombies est-elle aussi un mystère. S'il est devenu classique dans beaucoup de films de commencer l'histoire en expliquant d'où viennent les zombies, particulièrement dans le cas des zombies nés d'un virus (28 jours plus tard, I am Legend...), cela retire tout de même un peu de piment à l'histoire. Dans Apocalypse no toride, non seulement aucune explication n'est donnée, mais l'énormité de la situation nous apparaît au fil des chapitres, si bien que nous sommes tout aussi choqués que les héros par cette dernière. Ainsi descendu de notre confortable place d'être omniscient, l'on se retrouve vraiment immergé dans l'aventure avec Maeda et sa clique.

Autre point réellement spécifique à Apocalypse no Toride, que je n'ai jamais vu ailleurs, et qui m'a beaucoup marqué, je suis désolé pour le spoil... Mourir et/ou devenir un zombie est présenté comme une option. Non seulement sitôt qu'ils ont compris la situation les 4 adolescents n'hésitent pas à achever du zombie, et de l'infecté et même juste du blessé grave, à tour de bras; mais en plus les 3 compagnons de cellules proposent très sérieusement à Maeda de se laisser dévorer vivant pour rejoindre ses proches eux-mêmes probablement déjà morts/transformés. Pas comme une punition, ou comme une mauvaise blague mais clairement parce qu'il a le choix. « Et ? » Me direz-vous. Bah c'est simple, vous avez déjà vu un film/série/comics ou un des héros hésite à se transformer en zombie alors qu'une grande partie des gens qu'il a aimé et connu en sont déjà ? Dans le meilleur des cas, le dilemme consiste à savoir si le personnage doit se suicider avant de se faire dévorer par une horde de zombies affamés ou se battre jusqu'au bout. Or cette volonté absolue de préservation de soi en tant qu'humain m’amène à une autre spécificité d'Apocalypse no toride.

Les héros se battent pour eux. A aucun moment ils ne cherchent à maintenir ou rebâtir un semblant de civilisation ou à mettre fin à l'apocalypse, ils cherchent juste à survivre. Là encore mon propos ne doit pas être très clair, mais ce que je veux dire par là c'est qu'en gros ils n'y a aucun moment dans le manga où on cherche à nous montrer une sorte de supériorité de l'humanité sur les zombies, où à donner une lueur d'espoir. Pas de grands discours non plus, juste des actes d'héroïsme mineurs. Ce qui est assez rafraichissant.

Dernier point, commun à Highschool of the dead et Apocalypse no toride, que je trouve réellement intéressant et plaisant dans les deux: C'est l'étrange vent de liberté amené à chaque fois par les zombies. Là où la destruction de la société est vue par les occidentaux comme une calamité sans nom, dans ces deux manga les auteurs la voit au contraire comme une opportunité incroyable. Dans les deux séries ont retrouve des scènes aériennes où les personnages se promènent, rient et papotent paisiblement dans des décors vides. Mettant en valeur une sorte d'apaisement lié à la disparition des Hommes. Cette liberté mise en avant est aussi celle de l'individu. Ce qui apparaissait dans Highschool of the dead d'une manière métaphorique avec le personnage de Kouta Hirano (hey, hey Kouta Hirano comme le manga-ka ! Ces gens sont trop fort...) qui libéré du carcan de la société disparu passait d'un simple otaku au personnage le plus stylé de la série; apparaît ici physiquement. En effet, c'est l'apocalypse zombie et l'écroulement de la société qui s'en suit qui permet à Maeda et sa clique de s'enfuir de la prison où ils se trouvaient.

Chassez les clichés…

Malheureusement comme bien des œuvres sur les zombies, Apocalypse no toride a tendance par moment à basculer dans le cliché le plus complet. A croire que certains poncifs sont devenus, même pour les très bons scénaristes, des passages obligés sans quoi on ne peut pas considérer qu’il s’agit d’un film/manga/roman de zombie « vraisemblable ». Le plus agaçant dans l’œuvre de Kuraishi Yuu est que le manga passe du cliché au coup de génie d’un chapitre sur l’autre de manière complètement chaotique. Si bien que lorsque l’on s’apprête à abandonner le manga qui commence à sortir un peu trop les violons, paf, on se retrouve de nouveau accroché à l’histoire par un élément complètement inattendu… Et inversement, malheureusement.

Pour vous donner une idée du problème, le postulat de départ d’Apocalypse no Toride, jusqu’à l’invasion, n’est pas sans rappeler pas mal d’autres manga, dont Deadman Wonderland. A savoir : Jeune homme innocent / condition de détentions inhumaine / morts tragiques /personnages secondaires cool. Lorsque l’invasion commence, c’est à peine mieux, les zombies qui envahissent un lieu clos, la panique et les héros qui tentent désespérément d’en sortir, on connait aussi. D’ailleurs c’est exactement le début de Highschool of the dead. Ce qui m’amène au deuxième énorme cliché du genre :

Le manga se passe en 2011/2012, dans notre monde… Et PERSONNE N’A LA MOINDRE IDEE DE CE QU’EST UN ZOMBIE. Non mais… NON ! Ca commence à devenir lourdingue ce genre d’excuse pour trucider du figurant ! Ca fonctionnait encore lors des premiers films de zombies ou l’on avait nous même pas la moindre idée de ce qui était en train de se produire… Mais aujourd’hui bon sang, n’importe qui est capable d’identifier un individu couvert de sang, à la démarche louche, et à l’élocution douteuse comme étant un zombie en moins d’une minute ! D’autant plus des adolescents gavés aux films d’horreurs ! Vous remarquerez d’ailleurs que l’essence du procédé est si absurde, que personne n’oserait l’appliquer à une œuvre sur les vampires (dont on nous a bien gavé aussi) et heureusement d’ailleurs, parce que sinon ça la décrédibiliserait totalement.

L’on retrouve aussi un autre cliché, et encore une fois mes sincères excuses pour le spoil, qui tombe encore plus comme un cheveu sur la soupe dans ce manga que dans les autres : C’est la nostalgie du monde avant l’invasion. Cela paraît complètement aberrant dans ce manga précisément parce que la vie des personnages avant était déjà PARTICULIEREMENT MERDIQUE. Je peux concevoir que des individus subitement mis dans une situation précaire par l’apocalypse zombie regrettent l’époque où ils n’avaient pas à achever leurs proches à coup de pelles… Mais là on parle de gens que la société avait de toute façon mis au rebut et qui n’avaient que très peu, si ce n’est plus aucun, attachement au monde « normal ». Pour couronner le tout, ils se trouvaient dans un environnement déjà hostile à la base : Mais que voulez-vous qu’ils regrettent ?! Et si je comprends que la mention du passé permette d’approfondir les personnages, c’est quand même le moyen le plus cliché que l’on puisse trouver pour le faire, alors que le restant du temps Kuraishi Yuu parvient à dessiner le caractère de ses personnages précisément dans la façon dont ils abordent la catastrophe, ce qui les rend infiniment plus intéressants.

Le lourdingue, la brute et le truand.

Pour ce qui est des personnages, ma foi, ils ne sont pas trop mal traités. Parfois un peu bidimensionnels tel Iwakura, mais en général tout de même assez imprévisible. On ne connait pas les raisons de leur emprisonnement, ni leur passé (jusqu’au 2 ou 3ème tome), et leur façon de penser reste toujours un peu obscure.

La seule exception est Maeda… Qui compile à lui seul toutes les tares du héros de shônen alors que je ne suis même pas certaine qu’on puisse considérer Apocalypse no toride comme un shônen. Mais pourquoi diable Maeda est-il si agaçant ? Parce qu’il est gentil. Pas un peu gentil, non : fondamentalement bon. Le genre de personne qui d’ordinaire ne ferait pas de mal à une mouche, qui veut aider tout le monde, faire de mal à personne, protéger ses amis, tout ça tout ça. Vous me direz que Gon d’HunterxHunter est un peu de ce genre là aussi, seulement là où Gon se caractérise précisément par une sorte de moralité en dehors des codes de la société, et n’est pas tout mignon tout rose non plus (son meilleur ami est un meurtrier, le combat l’excite, il ne fait pas de différence immédiate entre le bien et le mal), Maeda est juste l’image de la bienséance. -_-" Alors certes par moment cela amène une bouffée d’air frais face au cynisme de la plupart des autres personnages, le souci étant qu’il en fait vraiment trop…

Heureusement, cette bonté d’âme insupportable qui au début du manga est aussi couplée d’une faiblesse énervante, mais logique, est petit à petit contrebalancée par une réelle débrouillardise et une force physique croissante. Si bien qu’assez vite, même s’il n’est toujours pas passionnant, Maeda parvient à devenir moins agaçant.

Et puis dans le cas d’Apocalyspe no toride, l’intrigue repose moins sur la psyché des personnages que sur le fait de savoir comment ils vont s’en sortir, et surtout ce qui se passe. Du coup, les ratés dans la personnalité des personnages restent très supportables.

Pour ce qui est des personnages féminins, tare de nombreux shônen, seinen, et manga tout court, ici le problème a été éludé purement et simplement… Puisqu’il n’y en a pas. Vous me direz c’est assez normal étant donné que l’intrigue prend place dans une prison au départ. Et puis d’ailleurs ce n’est pas plus mal : Mieux vaut ça que de plomber son scénario avec un personnage féminin complètement raté posé là pour grappiller du lectorat.

A intrigue nerveuse, dessin nerveux :

Le dessin d’Inabe Kazu correspond parfaitement à l’ambiance du manga : Brutal. Les personnages sont dessinés avec un tracé vif et incisif, et le dessin des monstres est impressionnant de réalisme et de minutie. Chaque attaque de zombie a de quoi faire se dresser les cheveux sur la tête et retenir toute notre attention tant le design de ces derniers est génial. En effet le manga-ka nous présente des zombies tous droits sortis de nos cauchemars les plus sordides, en comparaison desquels les gentils cadavres de « The walking dead » font bien pâle figure. N’ayant plus rien de l’humain, ni même du corps humain en putréfaction, Inabe Kazu transforme ses zombies en des créatures de plus en plus bizarres et de moins en moins identifiables au fur et à mesure que l’intrigue avance. Le design des personnages vivants, est également, d'une manière générale, plutôt réussit, collant au caractère de ces derniers sans en dire trop non plus sur leur personnalité profonde.

La mise en scène est-elle aussi de toute beauté : Violente mais maîtrisée, alternant à la perfection les temps morts et les moments de pure violence.

Conclusion:

Un bon manga de zombie, admirablement mis en scène, bien stressant et qui, s'il ne parvient pas toujours à échapper aux clichés du genre, sait aussi innover.

Edit du 8 août 2014

Au fur et à mesure des tomes la qualité de ce manga n'a fait qu'augmenter. Si le problème des clichés disparaissant pour mieux reparaitre plus tard demeure et que pour notre plus grand malheur l'apparition de personnages féminins s'est soldée par de véritables catastrophes sexistes, les personnages masculins eux sont de mieux en mieux écrit, de plus en plus attachants, touchants et tragicomiques. L'univers mis en place par le duo de manga-ka est également chaque chapitre plus hallucinant. J'ai donc changé le manga de catégorie et l'ai fait passer de "bien" à "très bien", il le mérite… J'espère juste ne pas avoir à faire un nouvel edit pour le descendre lorsqu'il sera terminé. 8'3

Apocalypse no toride de Kuraishi Yuu et Inabe Kazu

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas gores

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