Honey & Honey de Sachiko Takeuchi

Publié le 14 Mars 2014

Honey & Honey de Sachiko Takeuchi

Le shôjo ai est mort ! Vive le shôjo ai !

Titre: Honey & honey

Manga-ka: Sachiko Takeuchi

Date de publication au japon: 2007

Statut de la série: Terminée

Statut de ma lecture: Terminée

Nombre de tomes parus: 2

Avec Honey & honey découvrez le quotidien de l'auteure, Sachiko, et de sa petite amie Masako et apprenez en plus sur la vie de la communauté LGBT au Japon.

Pour mon retour sur ce blog après une longue absence voici une critique d'un manga autobiographique et didactique qui m'a beaucoup plu, j'espère réussir à vous faire comprendre pourquoi.

Des effets du patriarcat sur la représentation des couples lesbiens dans la pop-culture ou « lol wut srsly ?! »

Je l'ai déjà avoué lors d'une précédente critique, je suis une grosse lectrice de yaoi. J'en consomme (parce qu'à ce stade là on peut plus parler de lire) des quantités astronomiques, et bien que les trois quarts me donnent envie de pendre leurs auteur(e)s avec leurs intestins tant ils regorgent de sexisme, de culture du viol et de clichés, la lecture du quart restant est un vrai plaisir. Or récemment par curiosité, notamment intellectuelle, je suis allée jeter un coup d'oeil à la section yuri. Je pensais trouver une diversité de genre et d'auteurs à peu près équivalente, mais en arrivant dans la section de mangafox quelques chose m'a immédiatement frappé: La sexualité lesbienne est TOTALEMENT sous représentée dans le manga en comparaison de la sexualité gay.

La différence est tellement ahurissante que je suis restée sous le choc.

Et même lorsque l'on trouve des yuri qui s'apparentent aux yaoi dans leur structure (à savoir la description d'une romance, mais avec du cul détaillé dedans parce que c'est bon on est entre adultes) j'étais stupéfaite par le manque EVIDENT de connaissance ou même d'imagination des auteur(e)s lorsqu'on en venait à la sexualité des personnages à proprement parler ; surtout comparée à l'imagination totalement débridée dont font preuve parfois LES MEMES MANGA-KA lorsqu'il s'agit de mettre deux hommes en scène.

Seriously people, wtf ?

Et lorsque l'on échappe à cet écueil, est appliquée à ces couples une sexualité hétéro normée jusqu'à l'absurde. Si vous voulez un bel exemple du genre, lisez Murcielago et préparez vous à hurler de toutes vos forces).

Mon périple sur la terre yuri s'avérant franchement décevant je suis allée jeter un coup d'oeil au shoujo ai voir si l'impopularité s'appliquait aussi aux versions non pornographiques. Deux choses:

1)Oui.

2)Mais ça n'empêche pas qu'il y ai une production TRES intéressante.

Et c'est donc de cette manière que j'ai découvert au cours de mes pérégrinations l'excellent Honey and Honey. Donc oui en fait cette critique ne va pas du tout parler de fesses. Ni même de la vision érotisée, et hétéro whashée (toi aussi invente du vocabulaire militant) des couples homosexuels que donne les médias en général et le yuri/shôjo ai en particulier.

Qui ouvre une école...

Un truc que j'ai trouvé très impressionnant de sang-froid c'est précisément la volonté didactique de l'auteur de Honey and Honey qui ne se contente pas d'un simple journal intime (ce qui serait déjà extrêmement précieux). Le but revendiquée de la manga-ka est bien d'expliquer aux hétéro et aux cis (personnes non transgenres) le fonctionnement du monde LGBT nippon. Que ce soit par l'anecdote ou par le la définition pure et simple. En effet régulièrement la manga-ka donne des termes propres à la communauté LGBT en général, et nippone en particulier, j'insiste car certains sont très spécifiques, et explique leur origine. Elle parle également d'évènements en lien avec cette communauté, et répond à des questions que la plupart des hétéros et des cis se posent sur la vie de couple et la sexualité, par exemple.

Or je trouve ça impressionnant de sang-froid parce que pour cela la manga-ka n'utilise pas le filtre de la fiction et que du coup elle parle parfois de choses très personnelles pour servir d'exemple et ça ne doit pas être facile de s'exposer autant. Qui plus est ça ne doit pas être évident de tenter d'expliquer des choses à des gens que t'as parfois juste envie de frapper très fort...

Néanmoins ça marche. En témoignent les commentaires élogieux que l'on peut trouver, notamment sur le site de mangafox, de la part de personnes hétéro qui disent avoir appris et compris beaucoup de choses à travers ce manga.

Pour le lectorat occidental je trouve que ça a aussi l'avantage de montrer au public, habitué aux séries de fiction mainstream, au style et à la narration calibrées, une autre facette du manga qui est, à mon sens, pas assez mise en avant par les éditeurs. Car comme toute forme d'art le manga n'est pas uniquement là pour distraire, c'est aussi un moyen d'éduquer les gens.

De plus sont témoignage donne, il me semble, un bon état des lieux de la situation des LGBT à Tokyo (je ne me risquerai pas à dire que c'est pareil dans tout le Japon) sur comment ils sont vus par les hétéros notamment. La manga-ka tire d'ailleurs, à son échelle, un bilan plutôt positif: Son travail est bien reçu par le lectorat et les critiques, et ses coming out se passent bien.

Apprendre en s'amusant.

Tout au long du manga, Takeuchi Sachiko parvient également à garder une certaine légèreté et un humour, qu'encore une fois, j'admire. Le format très accessible du manga: chaque chapitre est très court et chaque page contient peu de cases ; ainsi que le style de dessin chibi de l'auteur participent à donner à l'oeuvre une atmosphère kawaii et drôle appréciable et qui fonctionne vraiment bien avec son humour. Même si je trouve que du coup la manga-ka est parfois un peu trop gentille dans sa dénonciation... Notamment lorsqu'elle parle d'homophobie ou de sexisme. Ou n'en parle pas d'ailleurs, car je la soupçonne parfois de ne pas évoquer certaines réactions plus violentes face à son homosexualité, mais je me trompe peut-être.

Dans tous les cas plus que de mettre en valeur l'aspect violent de certains propos ou actes, elle les adoucis avec un trait d'humour. Après, ça reste un humour qui va dans le sens de son propos et du coup ça marche et je pense même que ça aide à faire passer son message auprès des gens les moins informés. Cependant, pour ma part, je suis partisane d'un peu plus de radicalité car en lisant les commentaires je me suis de nombreuses fois demandée si certains avaient bien compris le message et sa nécessité au delà du seul aspect « drôle et mignon » du manga.

Dans ce registre le ton de Happy Picture Diary (publié en 1997, donc avant Honey & honey) et des manga de Morishima Akiko en général m'est déjà un peu plus familier.

D'ailleurs à ce sujet, je trouve que Takeuchi Sachiko insiste parfois un peu trop sur la féminité comme explication de certains comportements, en effet « les femmes sont comme ça » « les femmes font-ci » sont des remarques qui reviennent souvent. Ce qui correspond à donner une image de la Fâme unique et parfaite qui est finalement assez contradictoire avec le reste de son manga... Mais au vu de l'énorme travail que ce dernier constitue, c'est un moindre mal.

Story of my life.

Personnellement, étant cis et a priori hétéro je n'ai jamais vécu ce dont parle l'auteur.

Mais ce que j'ai pu remarquer à travers les commentaires et retours que j'en ai eu, c'est que ce témoignage d'une expérience personnelle et réelle est vécu par tous les lecteurs et lectrices comme une vraie bouffée d'air frais.

Pour les lesbiennes tout d'abord (en tout cas de celles dont j'ai pu lire les commentaires) qui trouvent dans ce témoignage et ces scènes de vie une histoire qu'elle peuvent comparer à leur vécu et dans laquelle elles peuvent se reconnaître, ce qui est très important.

Cependant le lectorat habituel de shôjo ai/yuri en général ainsi que les lecteurs/trices qui apprécient le moins ce genre sont également agréablement surpris(e)s. En effet cet éloignement logique des codes du genre, l'absence de fanservice ainsi que de male-gaze/hétérowhasing et le format original en font un manga populaire, à raison.

Conclusion:

Honey & honey est vraiment une lecture que je vous recommande, et ce même si vous n'aimez pas le yuri ou le shoujo ai... J'ai même envie de dire SURTOUT si vous n'aimez ni le yuri ni le shoujo ai. Mais, et je m'adresse ici aux hétéros et aux cis, ce serait passer à côté de l'oeuvre, il me semble, que de sortir de cette lecture en vous disant « c'était drôle et mignon » et d'en ignorer totalement le fond. N'oubliez pas qu'il s'agit aussi d'un témoignage précieux et d'un manga fait pour vous apprendre des choses sur la communauté LGBT, sachez faire bon usage de ces nouvelles connaissances.

Bon exemple de l'aspect éducatif du manga

Bon exemple de l'aspect éducatif du manga

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas tous publiques, #manga humoristiques, #shojo ai

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