Albator, corsaire de l'Espace (2013) de Shinji Aramaki et Leiji Matsumoto

Publié le 29 Décembre 2013

Albator, corsaire de l'Espace (2013) de Shinji Aramaki et Leiji Matsumoto

Je sais qu'il s'agit ici d'un blog de critiques de manga et non d'anime ou de films d'animation, mais je ressorts du cinéma, et il me fallait un récipient suffisamment grand pour déverser toute ma colère. Voici donc ma critique, à brule pourpoint et un CHOUILLA énervée du film d'animation « Albator, Corsaire de l'Espace ».

Que ce soit bien clair, je ne suis ni une spécialiste d'Albator, ni même de l'Univers de Leiji Matsumoto, bien que je l'apprécie beaucoup. J'ai vu l'intégral d'Albator 78 et le long métrage Galaxy Express 999, mais mes connaissances s'arrêtent là, et je sais, de ce que j'en ai lu, que l'univers de l'auteur est bien plus étendu, complexe et sujet à de nombreux remaniements. De même, je le revendique toujours, mes critiques ne sont elles pas objectives du tout, j'argumente mon point de vue, mais ça reste mon point de vue, libre à vous de vous faire le votre. Ceci étant dit...

Au moins, y'a du fond.

Bon, commençons doucement parce qui m'a plu dans ce film. En premier lieu, le message. Je dois dire que j'ai retrouvé avec bonheur la virulence de la critique sociale d'Albator 78 bien que le message soit ici d'une nature très différente. Bien sûr ce n'est pas évident au début, mais au fur et à mesure de l'intrigue on voit se dessiner un portrait acerbe de la société et délivrer un message qui me parle beaucoup en tant que jeune, et qui est tout à fait logique et intelligent, il me semble, dans le monde d'aujourd'hui.

Attention spoil:

Ce message, est, en gros: allez vous faire foutre avec votre nostalgie à la con. Le monde que vous regrettez n'existe plus, voire n'a jamais existé, arrêtez de vous accrocher de façon aussi pathétique à vos illusions. Ca a pas l'air d'un spoil comme ça, mais je vous assure que si en fait. XD

Fin du spoil.

Si le film aborde également les thèmes vastes et universels du cycle de la vie et de la mort et du passage à l'âge adulte, il se permet aussi ce que j'ai envie d'appeler une autocritique et peut-être même le testament de Leiji Matsumoto en personne en interrogeant toute l'idée de la légende. Qu'est-ce qu'une légende ? Comment en devient-on une ? Quelle est son utilité ? Doit on la perpétrer et si oui pourquoi ? Comment ? Ce qui est intéressant, vu le contexte, étant donné qu'Albator EST une légende au moins dans la culture populaire nippone et française.

J'ai aussi beaucoup aimé le fait que ni Aramaki ni Matsumoto ne tentent de reprendre Albator 78, 84, ou la saga des Nibelungen pour faire plaisir au publique. L'histoire est totalement différente. D'aucun dirait que c'est un reboot, mais apparemment Matsumoto est coutumier d'utiliser des même personnages pour raconter des histoires parfois très différentes et son univers est toujours en mouvement. Un peu comme d'autres artistes... Tient au pif, les Clamp par exemple. Je n'ai donc pas envie d'appeler ça un reboot, plutôt... Autre chose. J'ai apprécié car de cette manière le réalisateur ne se fourvoie pas en voulant raconter une guerre toute entière en un film, et évite tout l'aspect problématique posé par les ennemis d'Albator (les sylvidres par exemple, avec du recul, y'a comme un soucis quand même...). Sans doute certains fans ont-ils du se sentir trahis de ne pas retrouver le dessin animé de leur enfance, personnellement ça me semble être un choix logique et pertinent.

Le cheminement du héros, enfin, est lui aussi plutôt réussi lequel vit une véritable quête qui le fait grandir et n'évolue pas dans l'intrigue en ligne droite, allant d'un camp à l'autre, toujours à la recherche de la vérité et de ce qui lui semble juste, même lorsque ces choix sont loin d'être évidents.

Et voilà, c'est fini, à partir de maintenant, il n'y aura plus aucune éloge sur cette daube jusqu'à la fin de cette critique: Accrochez-vous.

Depuis quand Big Daddy fait parti de l'équipage de l'Arcadia ? Oo"

Bon alors déjà, désolé hein: Mais c'est moche.

Entendons nous bien: Les scènes dans l'espace, l'animation, la lumière, le sens du détail pour chaque armure, tout ça, c'est magnifique...

Mais où est l'univers de Matsumoto là dedans ? Où est sa patte graphique ? Albator, Leiji Matsumoto en général, c'est avant tout un dessin caractéristique, et le faire disparaître au profit d'une 3D dont le public est en train de se lasser c'est, à mon sens, se tirer une p*tain de roquette dans le pied ! Bien sûr, et heureusement, ça passe plutôt bien sur le cast principal parce qu'ils ont des éléments dans leur costume qui font qu'ont les associe tout de suite à l'univers du Capitaine Corsaire, et oui le personnage d'Albator en lui-même est magnifique... Mais tout le reste ? Tous les autres personnages ont l'air de ne rien avoir à faire là, figurants et ennemis compris. Le pire c'est qu'il y a un truc sur lequel le style de Matsumoto a été gardé, évidemment: Le corps des femmes. Et puis que celui des femmes hein. Kei/Nausicäa est juste ridicule, voire pile dans la vallée dérangeante par moment, tant elle est élongée et déformée telle une poupée alors que son visage est pseudo réaliste.

Par ailleurs, pour s'éloigner des personnages en eux-même: ne comptez pas retrouver quoi que ce soit du charme un peu vintage des vaisseaux et des tenues, des paysages de western ou de jungles luxuriantes que vous aimiez dans les anime signés Matsumoto.

Non au lieu de ça vous aurez droit à un vaisseau qui aurait pu être designé par Gigger... Mais un mauvais jour. Des tenues qui ressemblent quasiment à l'identique au Big Daddy de Bioshock et des villes pompées sur les derniers Final Fantasy. Et c'est là qu'on touche le cœur du problème: Tout l'univers de ce film est pompé sans vergogne sur d'autres. Il n'y a rien d'original ou bien de fidèle à la série d'origine. D'ailleurs niveau lumière/design des personnages, tout cela ressemble à s'y méprendre à FF VII Advent Children (qui est magnifique par ailleurs, entendons nous bien).

Clio ! Que t'ont-ils fait ?! D'8

Puisque je parlais du design des personnages: Parlons-en des personnages.

La personnalité d'Albator au début, lorsqu'on est habitué au Capitaine Corsaire ténébreux mais chaleureux et doux d'Albator 78, est sérieusement choquante. Mais passe encore, l'intrigue explique cette ténébritude exacerbée. Et puis c'est Albator quoi. Pareil pour Yattaran, je dirais même que c'est le personnage le plus réussi.

Mais les autres ?

Une catastrophe.

Ezra, le méchant, et d'une manière général tous les personnages qui ne sont pas Albator, Kei, Yattaran ou Toshiro ( au design admirable, dommage qu'on le voit si peu) semblent avoir été recyclés du dernier FF... Ou du dernier Appleseed... Ce qui est logique vu qu'il s'agit du réalisateur de celui-ci. Le truc c'est que ce ne sont pas des univers compatibles et franchement, quand tu vois Ezra et Albator côte à côte, bah ça fait mal aux yeux. Mais je me suis déjà longuement appesantie sur le design, parlons plutôt de la personnalité et des motivations qui sont... Aussi complètement ratées.

Le problème de ces personnages est que les réalisateurs ne vont jamais jusqu'au bout de leur idée. Ceux-ci pourraient très bien n'être que des archétypes, comme dans un conte, tel Albator qui pourrait se contenter d'être une figure de la justice ou Nami qui pourrait n'être que l'allégorie de l'humanité d'Ezra. Après tout, puisqu'un des thèmes du film est la légende, ça semble logique. Mais non ! Pris de remords on met Nami au cœur d'un intrigue amoureuse aussi ridicule qu'absurde et inintéressante ; et on donne à Albator des remords et traits de personnalités qui ne collent pas nécessairement au personnage. Dans ce cas, allons jusqu'au bout, faisons des personnages complexes et nuancés aux motivations diverses et... Et bah non, ça non plus on le fait pas, mieux vaut traiter tout en surface dans des flashback abscons ou aller complètement à l'encontre de la logique des personnages pour qu'ils restent dans leur rôle: Type Ezra dont le comportement à la fin n'a pas beaucoup de sens si on y réfléchit.

Mais le pire, vous vous en doutez, ça reste les personnages féminins. ET MON DIEU le nombre de fois où j'ai eu envie de pousser des hurlements de rage dans le cinéma ! Déjà qu'il n'y avait pas beaucoup de femmes dans l'équipage d'Albator (trois en tout: Kei (Nausicäa), Masu (Suzanne) et Clio (oui je sais en vrai elle s'appelle Miime, mais le Clio de la VF lui va si bien... ;_;)) Mais Aramaki a réussi l'exploit de les rendre encore MOINS présentes. Déjà il en a purement et simplement retiré une: Masu, la cuisinère: Elle devait être trop vieille et moche j'imagine... *Cri interne* Mais en plus il faut voir ce qui a été fait des deux restantes !

Nausicäa, oui j'utiliserai les noms des VF parce que je trouve qu'ils ont vraiment bien été choisis et parviennent à garder le sens des noms en VO, illustre parfaitement le problème. Pour commencer elle est HYPER fanservice, genre HYPER HYPER fanservice, au point que ça gêne toute ta concentration quand elle apparaît dans un plan. Déjà qu'elle est fanservice à la base dans une certaine mesure, un peu comme tous les personnages féminins de Matsumoto qui ont un physique tellement délicat qu'on a l'impression qu'une brise les casserait: Mais là ? Sa tenue est un wonderbra qui moule ses seins d'une manière qui défie les lois de la gravité, elle porte UN STRING par dessus sa tenue hyper moulante, et il y a une scène totalement random où on la voit faire une galipette (littéralement) dans sa douche juste pour que les mâles puissent s'exciter dessus ! Male gaze, MALE GAZE FUCKING EVERYWHERE ! Si au moins il s'agissait au demeurant d'un personnage intéressant ou puissant: Mais non ! Elle n'a aucune personnalité, à part qu'elle fait aveuglément confiance à Albator. Certes, elle est présentée comme forte et hyper badass mais se fait sauver deux fois par des hommes et rien de ce qu'elle dit ou fait n'a d'impact sur l'histoire. A part au début, et encore...

Mais attendez, c'est pas tout... Il y a Clio. *Pleure des larmes de sang* Clio, c'est la compagne d'Albator, la dernière survivante de son espèce qui ne se nourrit que d'alcool, la personne la plus proche de lui. Je ne sais pas pourquoi exactement, mais dans Albator 78, Clio est mon personnage préféré. J'aime son allure fantomatique, sa voix chaude et mystérieuse, son statut de confidente et de soutien moral. Albator assis sur son « trône » séculaire avec Clio a ses côté est L'IMAGE MEME de la série. Et puis Clio est aussi une conseillère et... Sauve la vie d'Albator. Rien que ça. Pourtant elle n'est pas hyper présente dans Albator 78 (et l'est encore moins dans les autres séries de ce que j'ai compris). Pourtant ils ont quand même réussi à rater un personnage quasi absent ! Félicitation, à ce stade c'est un exploit. Alors je sais que Clio/Miime a subit de nombreuses modifications, passant d'une jeune femme random dans l'Anneau des Nibelungen au fantôme bleu d'Albator 78 avant de blondir dans Albator 84... Mais là on a TOUCHE LE FOND. C'est quoi cette apparence totalement random d'elfe/extraterrestre avec des yeux de chats ? C'est moche, ça n'a aucune personnalité, ça n'est même pas suffisamment bizarre pour générer le malaise. ET POURQUOI LUI AVOIR COLLE UNE BOUCHE ?!!!!!!! C'était précisément ça qui la rendait inquiétante et bizarre dans ses autres versions, sans en faire des caisses juste en retirant bouche et pupille Matsumoto parvenait à créer un personnage super dérangeant et fort. Et là je ne parle même pas de sa tenue qui est absurdement fanservice avec string et vêtement quasi transparent tellement moulant qu'on pourrait PRESQUE voir les tétons. Et en plus ELLE NE SERT A RIEN ! Oui elle manipule la matière noire: Et ? Elle se contente d'obéir à ce que lui demande Albator, place trois phrases pendant le film. On ne nous laisse ni le temps ni les moyens de comprendre son rôle par rapport à Albator et on a pas d'empathie pour elle. Tout au long du film elle est traitée exactement comme la machine qu'elle manipule !

Nami, enfin, est encore plus dans le délire du personnage fan service et sacrificiel, mais je ne développerai pas sous peine de spoilers. Ou alors avec un warning: Attention spoilers, elle est à la fois la princesse en détresse, la Yamato Nadeshiko et la femme dans le réfrigérateur. Ah oui et en plus elle est proche de la nature, comme toutes les femmes c'est bien connu. Fin du spoil.

Vous devez vous dire que c'est bon, je vais arrêter maintenant, j'ai assez tapé sur ce film, il doit plus rien y avoir à en dire...

PENSEZ-VOUS.

Concours de bi... de lazers dézintégrateurs.

Un autre problème de l'histoire c'est, paradoxalement, son côté démesurément épique.

Dans les armes pour commencer: Alors certes je sais que beaucoup de gens aiment Albator pour la machinerie, et je suis la première à m'extasier devant l'Arcadia. Mais bon, y'a des limites quand même. Quand le héros utilise une machine/arme surpuissante, que le méchant veut contrer cette arme avec une flotte de plus de 300 vaisseaux, puis avec une arme qui broie DES ETOILES, avant que tu apprennes qu'en fait il existe une autre ENCORE plus puissante au point que les vaisseaux sont littéralement vaporisés sans laisser de débris par celle-ci... Je sais pas vous, mais moi ça m'évoque plus un cartoon qu'un scénario de film. Quand la dernière arme a été mentionnée j'ai failli éclater de rire dans la salle. D'ailleurs, lorsque le plan d'Albator pour sauver la Terre est décrit la première fois, franchement, l'épicness qu'on nous prédit est tellement absurde avec un tel déluge de jargon scientifico-fantastique qu'on dirait le scénario du pire épisode de Doctor Who jamais écrite (et non Moffat, je t'interdis de reprendre cette idée pour la série).

L'échelle, d'ailleurs de l'intrigue est tellement énorme qu'il est difficile, finalement, de réussir à y mettre des intrigues plus intimes au milieu: La façon dont Ezra perd ses jambes, le passé de Yama, ou l'intrigue amoureuse gnangnan avec Nami paressent absurdement ridicules quand à côté de ça on te parle de faire sauter l'univers. D'ailleurs, si le personnage de Yama n'est pas trop mal: Dieu que son background est raté. Parce que précisément ce qui lui est arrivé paraît stupide et minable en comparaison de tout le bloubiboulga dantesque qu'on te présente en parallèle. Les conséquences d'un acte ridicule et enfantin aux motivations franchement obscures sont tellement énormes qu'on dirait une blague.

L'intrigue enfin, ne va pas jusqu'au bout de ses intentions, ne délivrant pas, à mon sens, entièrement son message en cherchant, paradoxalement, à tout prix à s'accrocher à Albator et à son équipage... Dernier spoiler, monstrueux sur le dénouement de l'intrigue, si vous tenez encore à voir ce film, lisez directement la conclusion:

En effet à la fin après s'être mangé un abordage et le rayonultimedelamortquituetupeuxpastest le vaisseau atterrit sur Terre. Là, alors que tout l'équipage semble être mort dans le sabordage (sauf Miime/Clio qui s'est sacrifiée pour sauver le vaisseau) Albator, redevenu mortel, "passe les armes" au jeune Yama pour qu'il devienne à son tour Albator, car la légende doit continuer. Ca c'est cool. Sauf que là ou Albator devrait mourir, et Yama repartir seul en pilotant le vaisseau, ce qui aurait été dans la continuité du message et magnifiquement tragique... Albator reste là, assis comme une andouille, même pas mort hein, j'ai cru mais non. Puis, d'un coup Miime/Clio se rematerialise et se place à côté du nouvel Albator (Yama donc) parce qu'elle est "liée au vaisseau" (BULLSHIT !) et est donc transmise exactement comme un meuble. Tout l'équipage reparait, et tout le monde s'en va navigant vers le soleil couchant... Mais wat ?! Ca donne vraiment l'impression que les scénaristes ont été pris d'un dernier remord genre "ouais ok la légende survit à l'homme mais bon, on va pas tuer l'homme quand-même hein, c'est Albator quoi". Et c'est naze.

Conclusion:

Franchement, j'ai pas passé un bon moment devant Albator, Corsaire de l'Espace, et quand on voit le prix du billet de ciné, bah ça fait drôlement mal au cul. Donc clairement, n'allez pas le voir au cinéma, si vous voulez vous faire une opinion: Louez-le, achetez le DVD, téléchargez le, mais gardez vos sous.

Tout est dit sur le sexisme du film à travers cette image je crois...

Tout est dit sur le sexisme du film à travers cette image je crois...

Rédigé par Nocturne

Publié dans #Hors sujet

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