The civilization blaster de Kyo Shirodaira, Arihide Sano et Ren Saizaki

Publié le 11 Novembre 2013

The civilization blaster de Kyo Shirodaira, Arihide Sano et Ren Saizaki

L'apocalypse pour les nuls.

Titre: The civilisation blaster (en vf) Zetsuen no Tempest (en vo).

Manga-ka: Kyo Shirodaira (histoire) Arihide Sano et Ren Saizaki (dessin)

Date de publication au Japon: 2009

Statut de la série: Terminée au Japon en cours en France

Statut de ma lecture: En cours

Nombre de tomes parus au Japon: 8

Editeur: Kurokawa

Yoshino est un lycéen commun dont le meilleur ami, Mahiro a disparu sans laisser de trace depuis des mois pour partir à la recherche de l'assassin de sa sœur. Alors que Yoshino a renoncé à le retrouver, celui-ci réapparait dans des circonstances plus qu'étranges tandis que la ville est soudain atteinte d'une épidémie qui transforme les humains en métal. Mahiro lui explique alors qu'il a prit part, pour son propre intérêt, à une guerre entre magiciens dont l'issue pourrait bien être la destruction totale de notre civilisation.

Comme je n'ai pas posté de critiques sur ce blog depuis longtemps, j'aurais aimé vous dire que je revenais avec un véritable chef d'oeuvre, ou au moins une petite perle... Mais non.

On ne va pas se mentir, si je fais cette critique, c'est bel et bien pour éventuellement vous faire économiser quelques euros.

Pas que ce soit dépourvu de bonnes idées.

Ce qui fait le plus mal quand on lit Zetsuen no Tempest (fuck les titres français) c'est qu'on sent que les auteurs ont cherché à faire un produit, sinon bon, du moins potable. Déjà, ils sont minimum trois sur le projet, et si ce n'est pas un gage de qualité (les usines d'assistants derrières chaque tome de Naruto ou Fairy Tale pourront vous en parler) du moins cela devrait-il conduire à une réflexion critique à minima. Et c'est le cas. Il y a dans ce manga une réelle volonté, par exemple, de ne pas tomber dans du manichéisme primaire. Les actions des personnages ne sont jamais tout à fait positives, ou négatives, et lorsqu'elles semblent avoir une orientation morale claire, leurs motivations sont toujours extrêmement floues. Mahiro en est un très bon exemple puisqu'il s'implique dans un combat hors norme et sauve une demoiselle en détresse pour des motivations qui sont en vérité très égoïste, et dont l'égoïsme apparaît de manière d'autant plus flagrante et semble d'autant plus grand au fil des chapitres. Cette moralité trouble est également appliquée aux « méchants » et distillée d'une façon réellement intelligente. Certains personnages, caricaturaux au prime abord se modulent au fur et à mesure de l'histoire, les rendants sincèrement attachants. De même des personnages qui devraient être présentés sous leur meilleurs jour sont-ils traités avec beaucoup plus de nuances. Je pense notamment au personnage d'Aïka, la sœur assassinée de Mahiro. Dans un manga lambda elle serait sans doute présentée comme la déesse vierge que le lecteur est censé vouloir protéger et regretter: Ici elle apparaît plutôt comme une forte tête égoïste voire un brin cruelle.

En terme de narration et de développement de l'intrigue au sens strict, il y a aussi de très bonnes idées: Des manipulations et retournement de situations particulièrement réussis. Du moins au début du manga... Malheureusement, comme en cuisine, de bons ingrédients ne suffisent pas à faire un bon plat.

C'est pas en citant du Shakespeare qu'on fait du Shakespeare.

Il y a des chances pour que ma haine naturelle envers cet abruti congénital d'Hamlet ai fait que je sois passée complètement à côté de cet élément de l'intrigue: Mais franchement les références omniprésentes ET SURTOUT TOTALEMENT GRATUITES à l'oeuvre de Shakespeare m'ont insupporté. Que ce soit à Hamlet ou à La Tempête d'ailleurs. Comme je l'ai déjà dis: Citer des œuvres, c'est cool. Les citer n'importe comment, c'est beaucoup moins cool. Alors certes il y a des éléments de l'intrigues qui reposent sur ces œuvres, encore heureux. Parfois d'une manière réellement intelligente notamment à travers le parallèle entre les arbres (entités toutes puissantes du manga) et les esprits manipulés par Prospero dans La Tempête. Mais la manière dont le lien entre les deux est souligné est d'une lourdeur absolument consternante et les passages ne sont clairement pas cités dans les moments les plus pertinents. Du coup ça me rappelle ce qui, il me semble, se produit dans énormément d'oeuvres auxquels on veut donner un semblant de profondeur là il n'y en a aucune. Un peu comme dans...

Alice au royaume de cœur.

Plutôt que de se concentrer sur le développement de l'intrigue en soit pour la rendre poignante, torturée et subtile on a l'impression que auteurs et manga-ka préfèrent nous coller leur grosse culture turgescente contre la joue: « T'AS VU COMME JE SUIS CULTIVE ET LES MANGA CA REND INTELLIGENT ! ET LA TU LA SENS MON INTENSITE DRAMATIQUE TROP SHAKESPEARIENNE ! »

Or je n'ai jamais été une grande adepte du bourrinisme scénaristique.

Ce manque de subtilité se retrouve également dans les personnages. Non pas dans la psyché de ceux-ci qui est très réussie, mais dans la façon dont on nous présente cette dite psyché. Je pense notamment au personnage de Yoshino et ses airs de minet qu'on suppose être diamétralement opposé à Mahiro alors qu'il s'avère en fait au moins aussi froid. Et bien les manga-ka passent plus de temps à nous l'expliquer qu'à nous le montrer. Ce qui est quand même un comble quand on sait que le manga a révolutionné la bande dessinée internationale (et notamment les comics) justement par cette expressivité du dessin par rapport au texte !

Alors évidemment il est nécessaire que Yoshino ait l'air innocent, mais dans ce cas arrêtez de nous dire tout le temps qu'il est calculateur/manipulateur/suspect, parce que ça en devient ridicule !

Sexism... Sexim everywhere.

Comme si le scénario n'était pas suffisamment lourd en soi, il faut en plus qu'il soit tartiné d'un bon glaçage de sexisme bien gras. Je disais plus tôt que c'était assez agréable d'échapper un petit peu au cliché de la sainte vierge avec le personnage d'Aïka... Mais c'est bien LA SEULE CHOSE que le manga nous épargne.

La demoiselle en détresse ? ✓

Le personnage secondaire fanservice à l'érotisme totalement random ? ✓

La défunte regrettée. ✓

Et j'aimerais presque pouvoir continuer cette liste... Mais ça va être difficile vu que ce sont là les seuls personnages féminins du manga.

Le pire, c'est que bien qu'elles soient toutes censées se trouver dans des positions de pouvoir, elles sont toujours rapportées à des éléments négatifs en rapport avec leur sexe. Hakase, la demoiselle en détresse, est certes investie de pouvoirs phénoménaux (l'univers suit ses désirs, rien de moins) mais est totalement manipulable à cause de son statut de vierge fleur bleue. Fräulein (gros nibards) Yamamoto, quand on y réfléchit, malgré sa place éminente ainsi que sa force mentale et physique, n'est jamais prise au sérieux. Et pour cause, elle ne réussit jamais rien par elle-même mais doit toujours se faire secourir/aider par un homme. Aïka, enfin, est présentée, comme je l'ai expliqué plus tôt, comme un personnage avec une grande force de caractère: Mais déjà ce n'est pas présenté comme une qualité et en plus ELLE EST MORTE.

Pour ne rien arranger, il y a dans ce manga, et particulièrement dans la deuxième partie, une ribambelle de discours sexistes profondément débiles où il est question de définir ce qu'est une « vraie femme », « une femme normale », « une bonne petite amie », etc.

Un bilan bien négatif en ce qui concerne les personnages féminins. Mais attendez, ce n'est pas tout...

OH MY GOD I DON'T CARE !

Je trouve que c'est un défaut particulièrement récurrent dans les manga et les animes dernièrement, mais je ne parviens pas à évaluer si c'est lié à de la seule inexpérience ou à un effet de style qui aurait échoué lamentablement. Le fait est l'histoire a tendance à se focaliser sur des trucs totalement inintéressant sur des chapitres et des chapitres, des pages et des pages. Dans les premiers tomes, ce n'est pas forcément flagrant, bien que quelques flashback liés à Aïka soient totalement impromptus et sans intérêt. Par la suite en revanche, ça devient extrêmement pénible. Je pense notamment à la deuxième partie du manga (qui commence aux alentours du tome 4). A partir de là le manga se fourvoie de deux manières:

En centrant toute l'intrigue ENTIEREMENT de façon plus ou moins évidente sur une romance alors que des événement autrement plus importants sont en train de se produire au même moment.

En essayant de créer un suspens avec des éléments qui nous ont DEJA été dévoilé. Pendant plusieurs chapitres certains personnages vont essayer de comprendre, puis de démontrer quelque choses que nous, lecteurs, savons depuis le tome 1. Si c'est réaliste (les personnages ne sont pas censés le savoir) c'est en revanche extrêmement pénible pour le lecteur qui lui SAIT. Donc non seulement il ne s'identifie pas aux personnages qui doutent, en plus il n'est absolument pas surpris lorsque la révélation a lieu, et surtout il s'impatiente en attendant les réactions des personnages par rapport à cette fameuse révélation. C'est d'autant plus tragique que la dite réaction est tout à fait réussie, elle.

Un beau dessin sans intérêt...

Ca m'ennuie beaucoup de dire ça, d'autant que je dessine moi même, et pas spécialement bien, je suis donc consciente que dessiner, c'est réellement dur. Seulement voilà, le dessin de Ren Saizaki n'est franchement pas à grandiose.

D'un point vu de la qualité stricte, c'est tout à fait correcte: C'est dynamique et propre. Les trames sont bien utilisées, au niveau des proportions c'est impeccable... On est à des années lumières des catastrophes graphiques qu'étaient Isayama Hajime et Kohta Hirano à leurs débuts, pour ne citer qu'eux.

*Par se planquer dans son abris anti-atomique en prévision des hordes haineuses qui vont s'abattre sur elle*

Seulement, et c'est là toute la différence, là ou Hajime et Hirano avaient un vrai parti pris graphique et une identité très forte malgré la piètre qualité de leur dessin, le travail de Ren Saizaki ne veut rien dire, ne transmet rien, il est totalement interchangeable avec celui de n'importe qui d'autre.

En réalité c'est un problème que l'on retrouve chez d'autres manga-ka, ne nous leurrons pas le dessin de Fujimura Akeji (Kamisama no iutoori) ou de Amashi Gumi (Hell's kitchen) n'a rien d'exceptionnel non plus.

Mais ces deux manga-ka n'ont pas à rattraper un scénario en bois...

Ren Saizaki en revanche n'a pas eu la chance de pouvoir s'appuyer sur un scénario correcte, qui aurait totalement fait oublier le manque d'expressivité de son travail. Résultat, on voit bien que son dessin n'est là que parce qu'il en fallait un, et pas parce qu'il exprime quelque chose en particulier.

Et c'est bien dommage.

Si vous voulez avoir un aperçu de ce qui se passe quand cette manga-ka, par ailleurs douée en dessin je le répète, a un scénario qui lui laisse l'occasion d'exprimer sa virtuosité, je vous conseil de lire son autre manga Roll. C'est infiniment plus violent et avec plus d'action mais de fait le style de la manga-ka colle parfaitement et les deux fonctionnent vraiment en symbiose.

Conclusion:

Malgré de bonnes idées, c'est un manga dans l'ensemble plutôt ennuyeux, sexiste et faussement profond. Je peux vous le recommander jusqu'au tome 4, mais pas après.

Profitez en, le reste du manga n'est pas du tout comme ça...

Profitez en, le reste du manga n'est pas du tout comme ça...

Rédigé par Nocturne

Publié dans #mangas tous publiques, #mangas psychologiques

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